En memoire de Yann Kel (FLB)

Publié le par Pepin

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Qui était Yann-Kel ?

Il est connu dès le tout début des années 1970, vers l'âge de seize ans, comme militant nationaliste puis culturel (il enseignera à Skol an Emsav, cours du soir en breton) et syndicaliste. Après le bac, il suit une première année d'étude de droit. Suite à la rédaction en breton de son examen de fin d'année, il ne peut pas passer en deuxième année. Il doit dès lors partir au service militaire, effectué en Allemagne. Malgré son niveau de formation, son appartenance à l'Emsav lui interdit de devenir officier. A son retour de l'armée, il devient auxiliaire à la Poste puis chauffeur dans une entreprise de transport... Sa participation à la mise en place d'un syndicat CFDT dans l'entreprise l'envoie au chômage à la mi-septembre 1976. Yann-Kel est présenté dans la publication Emgann du FLB (mai 1978) comme un militant de première importance : « Il prend part, sous le nom de Goulven, à la plupart des actions de commando des Forces Paysannes / Kevrenn Kerne, dont il était le responsable. Il appartenait au Kuzul Meur du FLB... ». Si l'on prend en considération cette information, Yann-Kel aurait commis des attentats (environ une dizaine) de mars 1974 (bulldozer, DDA, avion Air Inter) à aout 1974 puis en juillet 1975 (DDA) et pendant l'été 1976 (DDA, caserne).

 

Comment est-il mort ?

Un attentat contre la future caserne de Ti-Voujeret entre dans la logique du FLB. Celui-ci avait mis en garde, en juillet 1974, les municipalités susceptibles d'accueillir des bases militaires. A Ti-Voujeret, le projet porte sur 200 hectares et la base doit accueillir des militaires chargés d'assurer la défense du site de l'Ile-Longue. Malgré les protestations, la construction commence à la mi-septembre 1976.

Dans la nuit du 29 au 30 septembre, Yann-Kel Kernalegenn est déchiqueté par l'explosion de la bombe qu'il s'apprête à déposer à Ti-Voujeret. Trois autres militants sont impliqués dans l'attentat. Deux opérations simultanées sont prévues, contre les bulldozers et contre le garage de la maison de l'officier chargé de la surveillance du site. Yann Kel opère seul pendant que deux autres militants installent des explosifs sur les engins choisis. A une certaine distance de la maison, ils ne voient pas Yann Kel mais ils entenderont bien l'explosion, suivie d'un « cri horrible », en avance sur l'heure prévue. Ils quittent rapidement les lieux sans procèder aux explosions envisagées. Ils apprendront la mort de leur camarade le lendemain. A priori, et en l'absence de témoins visuels directs, le jeune militant a, au moment de déposer la charge, voulu effectuer une modification sur la minuterie du système de mise à feu. Un enquêteur pense que Yann Kel a du « brancher ses fils alors que le retard était règlé sur zéro minutes ». Certains ont émis l'idée que le jeune nationaliste a voulu déplacer sa charge en mesurant le danger potentiel pour la famille du militaire...

 

Quel souvenir ?

Le 2 octobre, Yann-Kel est enterré à Quimper devant plus de 1500 personnes venues de toute la Bretagne. Moment d'émotion le plus fort : la foule reprend l'hymne national breton, le Bro gozh ma zadoù. Dans le quotidien Le Monde, l'écrivain Yann Brekilien lui rend un hommage émouvant : « Yann Kel s'est conduit en héros, en chevalier. La Bretagne peut etre fière de lui. Yann Kel, nous étions des centaines à pleurer quand ton cercueil recouvert du drapeau breton est descendu en terre, mais nous étions fiers de toi, nous le jurons, ton nom restera inscrit en lettre d'or dans l'histoire de ton pays ».

Lionel Henry, co-auteur du livre « FLB-ARB, 1966-2005 », Yoran Embanner, 2006.

Publié dans Breizh

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