POITOU-SAINTONGE: Histoire et langue

Publié le par Brennos

POITOU-SAINTONGE / POETOU-SÉNTUNJHE

 

 

 

Les tribus gauloises commencèrent à migrer vers l’ouest, à partir de l’Europe centrale, vers -1500. La présence des Pictons et des Santons dans leurs territoires traditionnels sont attesté depuis au moins le septième siècle avant J.C.

Ces deux peuples, ou plutôt fédérations de tributs, constituent la base identitaire, la souche culturel des actuelles populations du Poitou, d’Aunis, de Saintonge et d’Angoumois.

L’intervention de César, en -58, à Bibracte, visait à empêcher l’immigration des Helvètes chez les Santons, et fut une bonne excuse romaine pour intervenir directement en Gaule.

La position picto-santone fut ambiguë lors de l’arrivée de César en Gaule : désireux de contrecarrer l’hégémonie commerciale armoricaine chez les Ambilatres du Bas-Poitou, et heureux de pouvoir affaiblir un concurrent direct, les Pictons (et les Santons) fournirent des bateaux à César pour son expédition contre les Vénètes en -56. Le roi poitevin Duratios soutint César pendant la guerre des Gaules, ce qui n’empêchât pas la cité pictone d’envoyer 8000 guerriers au secours de Vercingétorix piégé dans Alésia (les Santons en enverront 12000). Les romains aidèrent par la suite les troupes de Duratios, piégées dans Lemonon (Poitiers/Poetae) assiégé, à se dégager et à chasser les Andecaves de Dumnacos (la longue opposition Anjou – Poitou commence dès cette époque). En remerciement, le territoire des Ambilatres (ainsi que celui, plus réduit, des Agnutes) est définitivement rattaché à la cité des Pictons lors de l’organisation administrative de la Gaule romaine, en -13.

Les deux villes pictones cités par un auteur tel que Ptolémée, un siècle plus tard, sont Lemonum (Poitiers / Poetae) et le principal port de la cité, Raetium (Rezé / Rezae, asur l’ancien territoire des Ambilatres, faisant une concurrence féroce à sa voisine, Condevicnum / Portus Namnetus, l’actuelle Nantes, capitale des Namnètes).

Alors que l’on pense qu’une fraction d’Agésinates, présents dans le Bas-Poitou, ont fondé l’actuelle ville d’Angoulême, les Santons étaient eux centrés sur leur capitale de Saintes.

L’Aunis, qui n’apparaîtra réellement qu’au moyen-âge, était une zone marécageuse peu peuplé, essentiellement par des Santons. La zone était, au temps des cités gallo-romaines, sur la frontière picto-santones. Il faudra attendre le Xème siècle pour voir se développer, grâce à une charte du duc Guillaume, le port de La Rochelle, fondé au siècle antérieur. L’Aunis restera longtemps sous administration poitevine et La Rochelle (La Rochéle) constituera le port naturel du Poitou, en remplacement de Rezé, donné par le roi de France, avec l’ensemble du Pays-de-Retz, à la Bretagne, entérinant une occupation militaire de facto. Les angevins s’empareront aussi des Mauges (un accord entre Bretagne et Poitou sera négocié un siècle plus tard et toute la zone sera déclarée marche commune ; aujourd’hui encore, la langue vernaculaire du Pays-de-Retz / Paes de Raes et du Clissonais est le poitevin).

 

Aujourd’hui encore, c’est le parler poitevin qui est propre à l’Aunis, alors qu’au sud c’est le saintongeais qui est utilisés.

 

La genèse de la langue poitevine-saintongeaise repose sur la base ethnique gauloise picto-santone. Longtemps tournés vers le sud, de part la création du Royaume puis Duché d’Aquitaine, avec sa capitale à Poitiers, la langue poitevin-saintongeaise a un très fort substrat occitan, ce qui en fait la langue d’oïl la plus méridionale. Guillaume VII de Poitou, IX d’Aquitaine, sera le premier des troubadours, et sa cour pictavienne sera une des plus brillante d’Europe ; les arts et la littérature y fleuriront, Poitiers devenant la capitale de l’amour courtois et de la poésie. Le texte du duc Guillaume, écrit en limousin, laissent planer le doute sur la langue parlée par le peuple du Poitou, et plus particulièrement celui de Poitiers à l’époque. Parlait-on limousin à Poitiers au onzième siècle ou Guillaume (Gllame en poitevin-saintongeais) avait-il choisi cette langue comme variété littéraire ? Faute de documents le doute restera, mais l’on sait que la langue maternelle d’Aliénor et de son fils Richard Cœur de Lion (Rigard Çheùr de Llun) était le limousin (Richard était aussi un poète).

L’on sait également que la Saintonge s’est oïlisée plus tardivement que le Poitou, sous l’influence de ce dernier. Etrangement, le parler saintongeais connaît plus souvent des formes similaires au français que le poitevin.

 

Enjeu de la guerre de cent ans, le Poitou passe à Alphonse, le frère de Saint Louis en 1202. Ce dernier introduira les armes de sa mère, Blanche de Castille, dans le pays, en remplacement du lion rampant de gueules et des besants d’or sur fond noir (d’origine cornique), vieux symboles officialisés tardivement par Aliénor. La version finale, avec cinq châteaux en sautoir, ne sera fixée que plusieurs siècles plus tard, et reprise définitivement par le gouvernement de Vichy.

Les anciens symboles pictons, présents sur les monnaies émis par la cité, sont la main ouverte (souvent représentée au dessus d’un joug) et le chevalier ailé.

 

Centre important de la Réforme, la région sera une zone importante d’affrontements pendant les guerres de religions (batailles de Jarnac, de Moncontour, sièges de Poitiers et de La Rochelle). Deux des quatre premières villes de sureté des protestants se trouvaient en Poitou-Saintonge : La Rochelle et Cognac.

 

Le Poitou est définitivement annexé à la France en 1422.

La Saintonge en 1375.

L’Angoumois rejoindra le domaine royal à l’ascension de François Ier au trône de France, en 1515.

La ville rebelle de La Rochelle, un temps « république indépendante et calviniste » avec l’île de Ré, succombera finalement en 1628.

 

Le poitevin-saintongeais possède une littérature ancienne, riche et varié. Si on omet les chartes, on a une première production écrite en poitevin-saintongeais au quinzième siècle.

De nombreux auteurs, tels Boisseau de la Borderie, Burgaud des Marets, ou plus près de nous Evariste Poitevin (alias Goulebenèze), entre autres, on produit des ouvrages de qualité. De nombreux universitaires, intellectuels et militants travaillent à la production culturelle (articles, livres, théâtre, musique) en poitevin-saintongeais.

 

Aujourd’hui la région administrative Poitou-Charentes rassemble la majorité des Picto-Saintongeais, bien que le département de la Vendée (majeure partie du Bas-Poitou) n’en fasse pas partie, que certaines zones périphériques comme le Pays-de-Retz ou le Pays Gabaye en soient détaché, et qu’en son sein il y ait une zone de langue occitane limousine.

 

Il est aujourd’hui possible d’étudier le poitevin-saintongeais à l’université de Poitiers (ainsi que l’occitan), et dans certains collèges et lycées. La langue est une option au concours de l’IUFM. Une émission de télévision sur FR3 a eu lieu de 1985 à 1986, mais faute de mobilisation elle fut supprimée.

Certaines radios émettent parfois en poitevin-saintongeais. La production littéraire est la plus importante des langues d’oïl après le français et le picard.

Plusieurs associations s’occupent de la promotion de la langue.

Citons l’Union Pour la Culture Populaire en Poitou-Charentes-Vendée (UPCP), qui siège à Parthenay (Partenaes), au Poitou, et la Société d’Etudes Folkloriques du Centre –Ouest (SEFCO) qui siège en Saintonge, à Saint-Jean-d’Angély (Sént-Jhan-d’Anjheli).

Des associations tel qu’Arantéle ou Parlanjhe Vivant travaillent au développement et à l’utilisation du poitevin-saintongeais comme élément de la vie quotidienne.

Il n’existe malheureusement pas de mouvements fortement structurés de revendication culturo-linguistique ou politique ; pas plus qu’il n’existe de prise de conscience d’une nationalité particulière parmi la population. De part sa spécificité, le département de la Vendée est celui qui a le plus de militants et le plus de personnes conscientes d’être dépositaires d’une culture propre.

Sur les 2 millions d’habitants de la région (entre Loire et Gironde), il a été estimé qu’environ 500 000 personnes parlaient la langue vernaculaire. Cette estimation est très certainement exagérée, prenant en compte les personnes ayant une connaissance passive et ceux incorporant certains mots et certaines tournure dans leur français.

Au jour d’aujourd’hui, quasiment personne ne parle un poitevin-saintongeais « pur » : les variétés sont toujours, à plus ou moins grande échelle, contaminées par le français ; Et vice-versa. Cependant, la langue reste vivace en zone rurale, et il n’est pas si rare que ça de l’entendre jusque dans l’agglomération poitevine.

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Publié dans Peuples en Lutte

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