20 ANS D'INJUSTICE

Publié le par FPL

Le Journal du Pays Basque

02/04/2010

Familles Esnal, Haramboure et Parot

 

 

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Unai Parot lors de son arrestation

 

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                                         Jakes, Unai, Ion, Txistor


Depuis 20 ans, Jakes Esnal, Unai et Ion Kepa Parot, Frédéric-Txistor Haramboure et nous, leurs familles, avons expérimenté une grande part de la «machinerie» répressive de l'Etat français et de la monarchie espagnole contre Euskal Herria. Depuis leur arrestation, entre le 2 et le 5 avril 1990, (quelque temps après que le G.A.L., cette organisation terroriste émanant du pouvoir espagnol, ait sévi au Pays Basque nord et sud), ces quatre militants indépendantistes d'Iparralde (condamnés pour appartenance à E.T.A.) concentrent sur leur personne la plupart des caractéristiques de ce conflit non résolu. Frédéric-Txistor Haramboure fut lui-même blessé par un commando espagnol du G.A.L., en 1986 à Baiona, parmi d'autres victimes mortelles : député et sénateur indépendantistes au Sud, journaliste, étudiant (1), simples passants ou jeunes réfugiés (dont Joxi Lasa et Josean Zabala, torturés à mort, ongles arrachés...) pour mettre le gouvernement français à genoux.


Condamnés à l'emprisonnement à perpétuité, Jakes, Unai, Ion Kepa et Txistor sont accusés de s'être engagés dans cette lutte indépendantiste à l'époque où les prédécesseurs du G.A.L. venaient assassiner en Pays Basque nord sous le nom de B.B.V.E., alors que les fidèles de la dictature fasciste espagnole étaient toujours bien vivants et agissants, et encore impunis à ce jour malgré 40 ans d'exactions criminelles (fait unique en Europe !).


Les arrestations de Jakes, Txistor, Ion et Unai, en avril 1990, déchaînèrent une hystérie médiatique -calculée- à grands renforts d'intoxication et de diabolisation de ces militants, comme cela est usuel en ce qui nous concerne. Cela facilita le camouflage ainsi que la justification sous-jacente des tortures (ô combien sophistiquées !) infligées par la Guardia Civil espagnol à Unai Parot durant 5 jours et 5 nuits, comme cela est encore le cas aujourd'hui pour la majeure partie des arrestations dans l'Etat espagnol.


Une autre forme de résistance commença alors pour eux et pour nous, leurs proches, pour faire face, à ce jour, à 20 longues années de vicissitudes et d'arbitraire. Il nous fallut supporter d'être accusés de mentir en témoignant sous serment des tortures subies par Unai Parot et utilisées pour condamner à perpétuité son propre frère Ion Kepa, ainsi que Jakes et Txistor, par les tribunaux spéciaux français.


Pour préserver jusqu'au bout les liens qu'on voulait nous faire rompre avec nos proches, nous dûmes rassembler toutes nos ressources -physiques, matérielles, humaines et affectives- contre l'isolement carcéral féroce, le chantage à la maladie, l'éloignement extrême à des milliers de km et la dispersion dans de multiples prisons, avec un coût financier énorme. La mère de Jakes ne put cependant visiter son fils (notamment à Clairvaux, 2 400 km aller-retour) durant les 10 années qui ont précédé sa mort. De même, le père de Ion et Unai fut condamné à ne plus voir ses fils plusieurs longues années avant son décès (prisons de Paris et d'Andalousie à plus de 2000 km aller-retour).
Il nous a fallu vivre avec la crainte de ne plus revoir vivants nos êtres chers incarcérés quand la maladie les a frappés ou quand le pouvoir espagnol se mit en tête de créer une sorte de G.A.L. carcéral pour assassiner des prisonniers politiques basques (dont Unai Parot) ou quand ils tentèrent, et tentent encore, de les pousser au suicide en rendant leurs conditions d'incarcération insupportables (torture blanche sous la forme de l'isolement extrême et en les réveillant toutes les heures, lumière constamment allumée, les privant de sommeil...), traitement appliqué à nombre d'autres prisonniers aujourd'hui.


Nous devons aussi supporter de voir notre culture, notre langue bafouées quand on interdit aux prisonniers politiques basques d'étudier ou de défendre leurs droits en euskara, leur langue.


Nous devons subir l'acharnement insatiable des pouvoirs espagnol et français à tous les maintenir prisonniers à vie. Le royaume d'Espagne a même créé une jurisprudence spéciale, dite Doctrina Parot, pour que tous les prisonniers condamnés à de longues peines purgent 30 ans en totalité (pour les détenus avant 1994) et 40 ans incompressibles (pour les détenus après 1994). Dans l'Etat français, les conditions pour accéder à la libération conditionnelle sont extrêmement draconiennes et Ion, Jakes et Txistor sont donc toujours incarcérés ; la première demande de Ion Kepa ayant été rejetée en 2007.


Depuis 20 ans, Jakes, Unai, Ion Kepa et Txistor, ainsi que les 750 prisonniers politiques basques, actuellement en lutte dans les 86 prisons de la dispersion, concentrent sur leur personne une grande part de l'arsenal répressif, celui-là même qui veut étouffer la voix de notre peuple basque que l'on voudrait ainsi maintenir éternellement prisonnier. Eux-mêmes et nous, leurs familles, sommes témoins de cette intransigeance et de cette cruauté camouflées sous les avatars / atours d'une prétendue justice. Nous appelons chacun à se joindre à nous pour dénoncer cette situation d'injustice et à exiger le respect de tous les droits des prisonniers politiques basques en prenant part aux nombreuses mobilisations.

(1) J. Muguruza, député, S. Brouard, sénateur, X.Galdeano, journaliste, B. Pécastaings, étudiant.

Publié dans Euskal Herria

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