Entretien avec Koldo Anza, frère de Jon

Publié le par FPL

Le Journal du Pays Basque
18/06/2009




"C'est dur à dire» s'excuse presque Koldo Anza. Le frère de Jon Anza ne peut pas s'empêcher de penser qu'avec la disparition de ce dernier, le Pays Basque se trouve devant une nouvelle période de guerre sale contre l'indépendantisme basque. Il affirme que la mobilisation populaire est d'un grand soutien à sa famille et qu'il est utile de maintenir la pression. La manifestation de grande ampleur qui s'est déroulée samedi dernier à Donostia avait pour objectif d'exiger des réponses du Gouvernement français et des partis basques. Koldo Anza encourage les citoyens à se mobiliser pour que soit trouvée une réponse à la demande de sa famille : «Nous voulons savoir ce qui est arrivé à Jon».

Deux mois se sont écoulés depuis la disparition de Jon. Comment votre famille supporte-t-elle la situation ?

Au début, sa disparition nous a causé une grande anxiété. L'incertitude, ne pas savoir où il était, ne pas savoir ce qui lui était arrivé nous a minés et découragés. Mais nous sommes restés forts et je tiens à dire que c'est en grande partie grâce au soutien que nous ont apporté les membres de notre famille et nos amis.

Depuis la conférence de presse qui annonçait sa disparition, il s'est passé des choses. Plusieurs hypothèses ont été émises mais depuis le communiqué d'ETA, l'une d'elles revient avec force.

Dès le début, nous avons considéré que la disparition de Jon était étrange. Nous avons envisagé toutes les hypothèses. Nous privilégions aujourd'hui celle de l'enlèvement. C'est dur à dire mais je ne peux comprendre sa disparition que de cette manière. Je vois ça comme une nouvelle étape de la guerre sale contre la gauche abertzale.

On a dit que lorsque Jon Anza est sorti de prison, il était harcelé par les FSE.

Jon a quitté Donostia pour fuir la pression policière et être un peu plus tranquille. À la suite du communiqué d'ETA, qui reconnaissait son activité militante, j'ai compris que son objectif et son espoir étaient le rapatriement et la libération des prisonniers politiques basques. Et que c'est pour cela qu'il se battait.

Le communiqué d'ETA donne d'autres informations. Par exemple que la police savait que Jon Anza était militant de l'organisation parce qu'elle avait trouvé ses empreintes.

Certaines hypothèses sont aujourd'hui écartées et pour moi celle de l'enlèvement est la plus probable. Et je le dis parce que les hypothèses doivent être fondées, argumentées, et au jour d'aujourd'hui, le seul argument dont nous disposons est l'information donnée par ETA. C'est donc la thèse la plus valable. Pour moi, il n'a pas eu un accident. Il ne s'est pas suicidé ou quoique ce soit d'autre. Tout cela n'a pas de sens. Plus maintenant.

Lorsque vous êtes allés trouver la police française, comment a-t-elle réagi ?

Je leur ai expliqué que je pensais à un enlèvement, même si notre famille est bien sûr satisfaite que toutes les pistes soient explorées. Et je leur ai dit que selon moi, il fallait chercher du côté du train parce que la seule chose dont nous soyons sûrs, c'est qu'il est monté dans ce train. C'est de là que l'enquête doit démarrer si l'on veut savoir ce qui s'est passé.

La procureure de Bayonne a fait savoir que les vidéos des trains n'étaient pas récupérables

On finit par croire qu'il s'agit peut-être d'un nouvel épisode de guerre sale et que nous ne saurons jamais la vérité. Quand on voit les cas de Pertur, Lasa et Zabala, Naparra... La guerre sale a existé, et elle peut exister encore.

Les médias ont à peine parlé de sa disparition...

J'ai évidemment une image négative des médias. On sait que la pression que peuvent exercer les milieux et les partis politiques peut conduire à prendre une affaire au sérieux. Cette pression n'a pas été faite, il y a un silence imposé. Et je crois que ce silence cache une stratégie obscure.

Et maintenant...

La vérité c'est que je n'ai pas le moindre espoir de le retrouver vivant. Et je doute même qu'on retrouve son corps. Avant, il y avait les gens du GAL, ils avaient des noms et des prénoms. Aujourd'hui cette guerre sale n'a pas de signature.

Que pensez-vous de la manifestation de samedi ?

La mobilisation nous donne la force de tenir et nous croyons qu'elle est totalement nécessaire pour arriver à réaliser notre objectif. Il est très simple : nous voulons savoir où est Jon et ce qui lui est arrivé.



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