Aurore Martin, militante basque à la tête d'ETA ? « C'est barge ! »

Publié le par FPL

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Représentante en France du parti indépendantiste Batasuna, légal en France mais interdit en Espagne, Aurore Martin, née dans la verte province de Soule (Pyrénées-Atlantiques), est accusée par la justice espagnole de « participation à une organisation terroriste » : ETA.

Elle fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen (MAE) qui vient d'être validé par la cour d'appel de Pau, après le rejet au printemps d'un premier mandat.

Après une semaine d'incarcération, début novembre, elle est aujourd'hui sous le coup d'un contrôle judiciaire strict.

« On me reproche d'être à la tête d'ETA »

Pour le juge espagnol Baltasar Garzón, qui a enquêté sur le dossier l'inculpant, son appartenance au bureau national de Batasuna, « partie intégrante d'ETA », sa participation à plusieurs réunions « clandestines » sur le territoire espagnol et son activité salariée pour le Parti communiste des terres basques (Ehak) avant son interdiction en 2008 font de la jeune femme un membre présumé de l'organisation terroriste.

« Il est difficile pour les gens de comprendre que je sois autorisée à mener des activités en France en vertu d'une législation et que ces
mêmes activités soient interdites et relèvent même du terrorisme dans un autre pays », souligne-t-elle, d'un ton posé et cordial entrecoupé d'une petite toux automnale.

« Aujourd'hui, on me reproche d'être à la direction d'ETA, c'est quand même barge ! »

Elle est au téléphone depuis Bayonne, samedi 4 décembre, en train d'attendre que débute la manifestation organisée pour la soutenir et protester contre l'attaque « aux droits civils et politiques élémentaires » que ces poursuites judiciaires supposent, selon ses supporters.

Quelques 2 000 personnes s'y étaient finalement rassemblées.

José Bové ou encore Noël Mamère figurent parmi les signataires d'une pétition de soutien.

Batasuna ne condamne pas les attentats d'ETA

Batasuna refuse de condamner explicitement le terrorisme au Pays Basque, contrairement à d'autres partis indépendantistes (Eusko Alkartasuna, Aralar).

C'est justement ce refus qui a en partie valu à la branche espagnole de Batasuna d'être déclarée illégale en Espagne en 2003. Une décision controversée mais finalement confirmée par le tribunal européen des droits de l'homme en 2009.

« J'avais 22 ans et j'ai fait un mois de prison »

Serveuse dans un bar près de Saint-Jean-Pied-de-Port, Aurore Martin espère pouvoir abandonner un jour ce « travail alimentaire » pour monter un atelier de création où elle pourrait mettre à profit sa formation de couture.

Son vocabulaire, mais aussi sa vie quotidienne ressemblent à ceux de beaucoup de jeunes trentenaires qui galèrent pour pouvoir faire le métier de leur rêve.

Mais une première arrestation, il y a bientôt dix ans, l'a poussée à investir une grande partie de son temps libre dans le militantisme. Elle était alors accusée d'association de malfaiteurs, affirme-t-elle.

« J'avais 22 ans et j'ai fait un mois de prison qui s'est finalement soldé par un non-lieu. Je n'arrivais pas à comprendre que la justice m'inculpe d'un tel délit sans preuve.

Un an après, je faisais le choix de m'engager en politique. »

« Je n'ai pas été bercée par le militantisme »

Née d'un père originaire de la région et d'une mère ayant grandi en Allemagne et vécue en Algérie avant de s'installer au Pays Basque, Aurore Martin affirme ne pas avoir grandi dans un terreau particulièrement indépendantiste.

Ses parents ont toutefois choisi de l'inscrire enfant à une ikastola, une école où l'enseignement se fait en basque. « À l'époque c'était un acte militant, c'est sûr, mais je n'ai pas été bercée dans cette atmosphère », assure-t-elle.

C'est en basque (euskera) qu'elle échange aujourd'hui avec les autres militants indépendantistes originaires de « l'autre côté des Pyrénées ».

Elle ne parle en effet pas castillan, ce qui l'effraie encore plus à l'idée de passer plusieurs années derrière des barreaux en Espagne.

Son transfert en Espagne serait une première juridique

« C'est la première fois qu'un tribunal français accepte de livrer un de ses ressortissants pour des faits en relation avec l'entourage politique de l'organisation, commis en Espagne », soulignait récemment le journaliste José Yoldi dans El País.

Cinq apparaissent sous le coup du même chef d'inculpation dans le dossier de Baltasar Garzón : « Je fais jurisprudence », explique-t-elle.

Son transfert devant un juge espagnol ouvrirait la porte, selon Aurore Martin, à l'arrestation d'autres membres de Batasuna en France pour qu'ils soient jugés en Espagne.

Vu depuis l'Espagne, les poursuites judiciaires dont elle fait l'objet sont cohérentes, explique José Yoldi. Près d'une quarantaine d'Espagnols y sont poursuivis pour avoir participé aux mêmes réunions.

« Il est clair que la fin d'ETA ne dépend pas » de la décision inédite du tribunal de Pau, écrit-il.

« Mais elle donne une idée de l'implication de la justice et de l'exécutif français dans la lutte contre le terrorisme. »

Photo : Aurore Martin lors d'un conférence de presse à Bayonne, le 24 novembre 2010 (Régis Duvignau/Reuters).

 

Source rue89

Publié dans Euskal Herria

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