Colombie : Les paramilitaires colombiens avouent 30 000 meurtres

Publié le par FPL

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par Christine RENAUDAT, à Bogota

mercredi 24 février 2010, par Primitivi


La Colombie est horrifiée par l’ampleur des massacres commis depuis les années 1980 par des miliciens d’extrême droite qui reconnaissent aujourd’hui leurs crimes

 

Plus de 30 000 assassinats, 2 500 disparus en moins de vingt ans. Ces chiffres parlent d’une violence effroyable, tout juste comparable, en Amérique latine, à la répression de la dictature argentine qui aurait fait disparaître 30 000 opposants. Pour la première fois, le parquet colombien a donné le 17 février les statistiques officielles d’une vague de meurtres longtemps niée par le pays.

 

Elles correspondent aux crimes avoués par les milices paramilitaires dans le cadre d’un processus dit de « justice et paix » mis en place depuis leur démantèlement en 2003. Une loi, polémique, avait alors été adoptée : moyennant des aveux complets, les paramilitaires qui rendaient les armes ne pourraient pas être condamnés à plus de huit ans de prison.

 

Ces remises de peine ont permis de commencer à lever le voile sur des années de violences. Dans les salles d’audience, bien des mères de victimes se sont effondrées en écoutant les bourreaux raconter d’un ton mécanique comment ils avaient découpé le corps de leur fils à la machette pour le jeter dans un fleuve.

 

Une ascension éclair avec la complaisance des autorités


Créées dans les années 1980 par des propriétaires terriens et des militaires pour lutter contre le racket de la guérilla marxiste, les « Autodéfenses » colombiennes ont contrôlé des régions entières, assassinant non seulement des guérilleros, mais aussi ceux qu’ils considéraient comme leurs complices.

 

Paysans, militants de gauche, étudiants ou simples villageois ont été supprimés, parfois pour avoir vendu une cigarette à l’ennemi. Leur ascension éclair, avec la complaisance des autorités et l’appui d’une partie de l’opinion colombienne qui les voyaient comme un mal nécessaire, en avait fait la faction armée la plus puissante du pays.

 

En 2002, alors qu’Ingrid Betancourt était enlevée par la guérilla des Farc, histoire qui faisait alors la une des journaux, les 30 000 combattants des groupes d’autodéfense expulsaient des milliers d’Indiens de la Sierra Nevada colombienne, brûlaient dans des fours certaines de leurs victimes, ou les jetaient aux caïmans dans les immenses haciendas de leurs chefs.

 

Un tiers des parlementaires soupçonnés de complicité


Le pays n’a pas fini d’entendre leurs confessions macabres. Luis Gonzalez Leon, chef de l’Unité de justice et paix qui reçoit les aveux de ces combattants, affirme qu’ils pourraient reconnaître 120 000 meurtres. Une règle mathématique : « Nous en sommes au quart du processus », explique-t-il.

 

Certains parlent de leurs liens incestueux avec la politique. Associés aux cartels de la drogue, qui ont parrainé leur naissance, les paramilitaires avaient fini par prendre directement le contrôle du négoce de la cocaïne. Leur puissance leur permettait de choisir leurs candidats dans les régions.

 

Près du tiers des parlementaires colombiens élus en 2002 font l’objet d’une enquête pour complicité avec ces escadrons de la mort. La grande majorité portait l’étiquette de partis proches de l’actuel président Alvaro Uribe. Parmi eux figure même l’ancien sénateur Mario Uribe, son cousin. Selon l’éditorialiste Leon Valencia, les paramilitaires étaient alliés « à une partie de l’élite régionale qui a servi de support au projet politique du chef de l’État ».

 

De nouvelles bandes armées : les "néoparamilitaires"


Or, cette élite est toujours là. L’an dernier, la presse a révélé que les juges qui enquêtaient sur ces dossiers avaient été placés sur écoute par les services secrets colombiens. Le procureur de la Cour pénale internationale s’en est inquiété lors d’une visite en Colombie. « Les plus hauts responsables doivent être jugés », a-t-il martelé à Bogota.

D’ici là, d’autres pourraient bien avoir récupéré le négoce des Autodéfenses. On parle aujourd’hui dans le pays de « néoparamilitaires ». Ces bandes armées, héritières de leurs anciens chefs, ont fait remonter les indices de violence de Medellin, Cali et la côte pacifique colombienne à des niveaux préoccupants.

Dans ces régions, certaines familles ont eu à peine le temps de récupérer les restes d’un proche tué par les Autodéfenses, qu’il leur fallait déjà enterrer une victime de ces nouveaux groupes.


Source : La Croix




Colombie : Les médias occultent la plus grande fosse commune des Amériques, l’État cherche à modifier les preuves.

 

par Azalea Robles

dimanche 21 février 2010, par Primitivi


Récemment en Colombie on a découvert la plus grande fosse commune de l’histoire contemporaine du continent américain [1], cette découverte terrible a presque été totalement occultée par les mass-médias en Colombie et dans le monde. La fosse commune contenant les restes d’au moins 2.000 personnes est située à côté du village de La Macarena, département de Meta. Dès 2005 l’Armée, déployée dans la zone, a enterré là des milliers de personnes, ensevelis comme NN. [2]

 

La population de la région, alertée par les infiltrations dans l’eau potable d’eau polluée par les cadavres et touchée par des disparitions de proches, avait déjà dénoncé l’existence de la fosse à plusieurs occasions durant 2009 : en vain, le ministère public ne procédant à aucune recherche. C’est grâce à la persévérance des parents des disparus et à la visite d’une délégation de parlementaires et syndicalistes britanniques qui enquêtaient sur la situation du respect des droits de l’homme en Colombie, en décembre 2009, que l’on a réussi à découvrir ce crime horrible exécuté par des militaires dont l’État garantit l’impunité.

 

Il s’agit de la plus grande fosse commune du continent. Deux mille corps dans une fosse commune, c’est un sujet grave pour l’État Colombien, mais les médias colombiens, et les médias internationaux, complices du génocide, passent quasiment totalement sous silence cette affaire, alors que pour retrouver pareil atrocité il faut remonter aux fosses communes nazis... Ce silence médiatique est sans doute lié aux immenses ressources naturelles dont dispose la Colombie, et les méga-business qui sont entrain de se monter là, à coups de massacres.

 

La délégation sur la situation des droits de l’homme en Colombie, qui a visité la Colombie en janvier 2010, (moins d’un mois après la mise à jour de la fosse) a posé des questions aux autorités sur cette affaire... les réponses ont été inquiétantes : le ministère public, le procureur de la république, le ministère de l’Intérieur, l’ONU... tous prétendent éviter le sujet... Et pendant ce temps l’État essaie de "manipuler" la fosse pour la minimiser. Mais la délégation britannique a pu la voir, et les autorités ont dû reconnaitre au moins 2000 cadavres. En décembre “le maire, du parti au pouvoir, avait lui-même dénoncé la présence de ces corps enterrés”, mais ensuite les pressions officielles lui ont fait "diminuer ses appréciations sur le nombre de corps NN...”

 

La délégation britannique a dénoncé une volonté non dissimulée de ne pas empêcher la dégradation de la scène du crime : “personne ne protège le lieu. Personne n’empêche que l’on puisse modifier les preuves. Un engin agricole peut très bien rentrer et manipuler ces cadavres anonymes, à les sortir et à les emporter dans un autre lieu” [3] “, nous demandons aux institutions responsables, du gouvernement et de l’État colombien qu’ils mettent en application les mesures de précaution nécessaires pour garantir les informations déjà enregistrées dans les documents officiels, qu’ils prennent toutes les mesures de précaution nécessaires pour mettre en place un périmètre sécurisé afin d’empêcher toute modification des preuves de ce massacre, l’exhumation illégale des cadavres et la destruction des preuves matérielles présentes sur les lieux (...) la création d’un Centre d’Identification Légiste au village de La Macarena est fondamentale pour obtenir l’individualisation et la pleine identification des cadavres NN ensevelis là.” [4]

 

La délégation a transmis aux autorités une autre plainte à propos de la municipalité d’Argelia dans le Cauca : "Un" abattoir". Les autorités ont fait part de leur ignorance, et ont déclaré leur incapacité à agir "il y a tant de fosses communes dans notre pays que...". Argelia où les familles n’ont pas pu aller chercher les corps de leurs disparus, les paramilitaires les empêchant de revenir vers les villages : ils ont déplacé les survivants. Les survivants ont raconté : “il y avait des gens attachés usr lesquels ils lâchaient des chiens affamés pour les tuer lentement.”

 

En Colombie, la Stratégie Paramilitaire de l’État Colombien, combinée avec les actions policières et militaires a été l’instrument de l’expansion des grandes propriétés terriennes. L’État colombien a fait disparaître plus de 50 000 personnes grâce à ses services armés (policiers, militaires), et de son service caché : sa Stratégie Paramilitaire [5]. L’État colombien est l’instrument de l’oligarchie et des multinationales pour sa guerre élitiste contre la population : il est le garant du pillage, la Stratégie Paramilitaire s’inscrit dans cette logique économique. [6]

 

La dissimulation d’une fosse commune aux dimensions de la fosse du village de La Macarena obéit au fait que les affaires des multinationales et de l’oligarchie sont basées sur cette horreur, et que cette fosse est le fruit des assassinats perpétrés par l’armée nationale colombienne, ce qui prouve encore plus le caractère génocidaire de l’État colombien dans son ensemble (au-delà de son président Uribe, dont les affaires et liens avec le trafic de stupéfiants et le paramilitarismo sont plus que vérifiés [7]. La complicité des mass-médias est criminelle, tant au niveau national qu’international.

 

Les populations doivent rompre le silence avec lequel on cherche à cacher ce génocide. Un élan de solidarité internationale est urgent : La Colombie est, sans doute, l’un des lieux sur la planète où l’horreur du capitalisme se concrétise de la manière la plus évidente, dans son paroxysme le plus absolu.


Source : Rebelion "Los Medios ocultan la mayor fosa común de América, mientras el Estado colombiano busca alterarla"
Traduction : Primitivi

Notes

[1] Voir : les morts commencent à reparaître, il y en a ... des milliers !


[2] NN (nigun nombre), "sans nom" c’est la dénomination générique pour les cadavres non identifiés. Cette appellation était utilisée à la base par l’armée colombienne pour les soldats (ou guérilleros) inconnus morts au combat.

 

[1] Voir : les morts commencent à reparaître, il y en a ... des milliers !


[2] NN (nigun nombre), "sans nom" c’est la dénomination générique pour les cadavres non identifiés. Cette appellation était utilisée à la base par l’armée colombienne pour les soldats (ou guérilleros) inconnus morts au combat.

 

[3] voir http://www.pachakuti.org/textos/hem... (es)

 

[4] voir http://www.rebelion.org/noticia.php..."europa-no-puede-firmar-un-tlc-con-un-estado-violador-de-los-derechos-humanos"- (es)

 

[5] Information du 16 février 2010 des paramilitaires confessent 30 470 assassinats : http://www.telesurtv.net/noticias/s... (es)

 

[6] en savoir plus à propos d’une fosse commune et de la Terreur d’État : http://www.rebelion.org/noticia.php... (es)

 

[7] Voir : http://www.kaosenlared.net/noticia/... (es)

Publié dans Peuples en Lutte

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