Corse: La révolution de velours des natios

Publié le par FPL

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Les résultats des listes nationalistes prouvent que la Corse vit un changement historique. Le duo Simeoni-Angelini y a été pour beaucoup. S’il n’est pas sûr que l’arrivée en masse des nationalistes à l’Assemblée, contrairement à ce qu’ils affirment, puisse changer notablement le fonctionnement et les ambitions de cette institution, pour l’instant bien timide et largement contrôlée par Paris, leur réussite électorale constitue néanmoins un véritable événement. Une sorte de « révolution de velours » qui prouve, mine de rien, que la Corse a changé. Que le temps du clanisme « à la papa » semble révolu, même s’il est loin d’avoir complètement disparu du paysage.

 

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les résultats qu’ont obtenus les deux listes nationalistes dans un très grand nombre de villages jusqu’ici fortement « tenus » par leurs maires de droite ou de gauche. Ou les maires ont mené campagne mais n’ont pas été écoutés ou ils ont laissé faire. Ce qui est nouveau et prouve qu’eux aussi ont participé, consciemment ou inconsciemment, à cette « ouverture » dont ils ont pris le risque ou qu’ils ont souhaitée.

 

Pourquoi ? D’abord, sans doute, parce que les Corses, pour une grande partie, savent que leur existence même est en jeu et que, jusqu’à présent, seuls les nationalistes ont pris leur défense. Parfois de manière brutale en plastiquant mais le plus souvent en portant des thèmes de « préservation » (langue, foncier, désertification, environnement, etc.) qui, depuis des années, sont largement repris par les autres forces politiques de l’île. En somme, les Corses se sentent de moins en moins « chez eux » puisque la population exogène ne cesse d’augmenter et que le foncier devient pour eux de moins en moins accessible, au moment où ils ont de plus en plus de mal, compte tenu des prix, à se loger. Une situation aggravée par une crise sociale « française » qui a évidemment des conséquences en Corse, où les paramètres de protections solidaires et familiaux se délitent de plus en plus.

 

Une ambiance qui a été principalement exploitée par les deux listes nationalistes, dont l’une (les « modérés ») a même convaincu une partie de la population continentale « moderniste ». C’est, à en croire certains, ce qui explique en partie l’excellent score de Jean-Christophe Angelini à Porto-Vecchio.

 

En tout cas, la liste « Femu a Corsica », après quelques ratés lors de sa constitution qui ont poussé certains de ses électeurs potentiels à voter « Corsica Libera », a finalement fort bien fonctionné. Le sympathique duo Simeoni-Anngelini a fait merveille. Non seulement du côté des nationalistes mais aussi, comme cela a été recherché, du côté des électeurs traditionnels de droite et de gauche qui se sont laissés convaincre par ce nationalisme « light » qui se démarquait clairement de toute velléité clandestine. Quant aux leaders de Corsica-Libera, dont les militants ont fait une excellente campagne de proximité, ils ont bénéficié du vote de tous ceux qui ne partageaient pas forcément leurs options radicales mais qui voulaient absolument qu’ils figurent à l’Assemblée. Histoire de maintenir bien vivant un nationalisme de combat susceptible, à la différence de leurs rivaux, de ne pas se compromettre avec les appareils politiques traditionnels.

 

En tout cas, pour la première fois, les idées nationalistes qui, depuis trente ans, « boostent » la politique en Corse, parviennent enfin aux portes du pouvoir, les deux listes étant largement représentées à l’Assemblée.

 

Reste à savoir si les élus nationalistes vont pouvoir influencer notablement la tâche de la Collectivité. Même s’ils sont plus nombreux, ce qui s’est passé durant la précédente mandature n’invite pas à l’optimisme. En effet, jusqu’à maintenant, ni leur talent ni leur travail n’ont été à la hauteur des enjeux. La nouvelle représentation sociale que s’est donnée la Corse aura sans doute quelque mal à devenir une représentation politique pesant véritablement sur le futur développement de la Corse. Paris restant, majorité de gauche ou pas, le véritable patron « technique » des efforts d’autonomie de cette Assemblée.

 

Gilles Millet

 

Club Corsica (texte) via Unità Naziunale (image)

Publié dans Corsica

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