Destins croisés d'activistes entre IRA et FLNC… en BD

Publié le par FPL

Destins croisés d'activistes entre IRA et FLNC

Après l'épopée Pasquale Paoli, Frédéric Bertocchini récidive avec la BD trilogie Libera Me, qui a pour toile de fond les luttes nationalistes du FLNC et de l'IRA.Michel Luccioni

 


L'épopée de Pasquale Paoli en trois volumes avait été un coup de maître. Tout comme l'histoire effroyable du bagne de Saint-Antoine dont il avait fait le récit. Avec ses deux titres à succès, Frédéric Bertocchini avait donné un sacré coup de fouet à la BD insulaire. Il récidive aujourd'hui, aux côtés de Miceal O'Griafa, Michel Espinosa et Pascal Nino avec Libera Me, dont le premier tome intitulé Ribelli est disponible depuis le 23 mai en librairie (éditions DCL). L'histoire de deux hommes, l'un Corse engagé dans les rangs de l'IRA, l'autre, Irlandais rejoignant le FLNC. Des destins croisés qui ont pour décor l'aube enflammée des années quatre-vingt. Un thriller haletant qui investit les cases de la bande dessinée, une fiction sur fond d'un contexte historique dont l'héritage demeure explosif. Le premier volet d'une nouvelle trilogie dramatique entre romantisme et réalité crue. Sous la cagoule.

 

Comment présenteriez-vous Libera Me?


C'est un thriller politique. Tout se déroule sur un fond historique véritable mais ma démarche n'est pas celle que j'avais initiée avec la trilogie de Pasquale Paoli. Libera Meest avant tout une fiction.

 

Avec une forte impression de déjà-vu…


L'histoire se déroule en 1981. En Irlande, Margaret Thatcher vient de laisser mourir en prison l'activiste de l'IRA Bobby Sands qui avait entamé une grève de la faim. La tension est à son comble. En France, François Mitterrand arrive au pouvoir et soulève un espoir dans les rangs nationalistes corses au lendemain de l'affaire Bastelica-Fesch. Le décor est planté. J'emprunte des éléments à la réalité comme par exemple le véritable discours prononcé par les membres du FLNC lors d'une conférence de presse, quatre jours après l'élection de François Mitterand. Le parcours fictif des deux héros est né de ce contexte très mouvementé.

 

Ces héros justement, qui sont-ils ?


François-Marie Filippi est un membre du FLNC. À la suite d'un attentat, poursuivi par les gendarmes et la police, il parvient à fuir et s'exile en Irlande. Formé politiquement, il continuera sa lutte dans les rangs de l'IRA. De son côté, Liam O'Connolly est un touriste irlandais qui passe ses vacances en Corse. Il croise le chemin de la belle Letizia qui n'est autre que la sœur de François-Marie Filippi parti en cavale. Son entourage va l'éveiller progressivement à la cause nationaliste avant qu'il n'intègre le FLNC. Deux hommes qui ne se connaissent pas, deux destins croisés pour raconter la réalité de deux idéaux proches.

 

Pourquoi lier deux luttes, corse et irlandaise, qui ont de nombreux points communs mais qui sont pourtant si différentes ? N'est-ce pas trop facile ?


Tout part de ma rencontre en 2008 avec l'Irlandais Miceal O'Griafa qui a coécrit le scénario avec moi. Il m'a confié qu'il était émerveillé par la figure de Pasquale Paoli. Nous nous sommes raconté nos histoires et la volonté d'écrire un album commun est née rapidement. Je me suis chargé de toutes les séquences corses à partir de mes souvenirs. Je concède donc une part de romantisme dans mon récit. Miceal s'est occupé de la partie irlandaise, sans concession, avec parfois une réalité violente mais assumée qu'il a vécu.

 

Vous parlez de romantisme. Que faites-vous des côtés obscurs ?


Ils ne sont pas oubliés. Il y a des bons et des mauvais dans chaque camp. Il y a les flics violents et ceux qui font leur travail, sans être dénués d'humanité. Il y a les nationalistes sincères qui se battent pour un idéal et d'autres qui dérivent vers la violence et la xénophobie.

 

Deux profils différents chez les héros : l'un a déjà fait ses armes et veut aller plus loin. L'autre débute dans la clandestinité, presque innocemment. C'est important cette dualité ?


Bien sûr ! Ils représentent ces gens qui sont confrontés à une réalité et la manière parfois très différente de la vivre, surtout dans la clandestinité. Je pense que pour beaucoup de « patriotes » des deux camps, la question s'est posée à un moment : jusqu'où aller dans la lutte ? La série Libera Merepose sur cette interrogation.

 

Y a-t-il des sujets sensibles que vous évitez ?


Même si Libera Meest une fiction inspirée d'une réalité, aucun nom connu n'est mentionné. La trilogie mènera les héros jusque dans les années 90. Si la scission du FLNC sera suggérée, les guerres entre nationalistes ne seront pas évoquées. Certaines plaies ne sont pas bien refermées, nul besoin d'en rajouter.

 

La fin tragique du premier tome annonce-t-elle déjà le deuxième ?


L'idéal guide les héros. Mais face à la réalité, ils évoluent. Et seront en lutte avec leur conscience. Cette faille sera le cœur du deuxième tome.

 

Source: Ghjilormu Padovani pour Corse matin

Publié dans Corsica

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