EHLG: un nom qui dérange toujours

Publié le par FPL

http://www.eitb.com/multimedia/images/2009/01/28/57764/57764_Euskal-Herriko-Laborantza-Ganbara-EiTB-2008011817185811hg2_original_imagen.jpgLe Journal du Pays Basque

L'avocat général Jean-Bernard Rouch, visiblement très mal à l'aise devant la démonstration que venait de faire Michel Berhocoirigoin, s'est contenté de lire sur un prompteur sa plaidoirie, mêlant un «désir d'indépendance des Basques» avec «un développement durable respectueux de l'environnement». Une confusion qui lui fait requérir sur le bout des lèvres, une amende de 2000 euros pour «M. Berhocoirigoin et pour l'association aussi», et l'interdiction des termes «laborantza ganbara», interdiction ayant été «omise» lors du réquisitoire oral. Le verdict du procès en appel à l'encontre del'association Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) et de son président Michel Berhocoirigoin est attendu pour le 6 mai.

A l'issue de la séance d'hier à la Cour d'Appel de Pau, Me Joseph Montier, avocat de la Défense, a affirmé qu'aussi bien à Bayonne le 29 janvier 2009 qu'hier à Pau, «les réquisitions montrent une gêne : on punit le moins possible, mais on demande quand même de condamner, pour montrer qu'on avait raison. Cela afin qu'EHLG perde sa légitimité et que le préfet continue à la harceler».

Les trois avocats de la défense, Me Etchegaray, Me Corine Lepage et Me Montier ont, l'un après l'autre, demandé la relaxe, mettant en avant le droit de «s'associer, de s'exprimer et de penser». Corinne Lepage n'a pas hésité à parler «d'instrumentalisation de la Justice, du caractère anormal de se retrouver avec une affaire de ce type en Justice».

En donnant le nom d'EHLG à la structure agricole d'Ainhice-Mongelos, l'association créée en 2005 par Michel Berhocoirigoin et ses amis a un seul objectif : celui de répondre aux carences de la Chambre d'Agriculture des Pyrénées-Atlantiques, tout en continuant de porter la revendication de la nécessité de création d'une Chambre d'Agriculture du Pays Basque. Durant près de deux heures, le président del'association a répondu point par point aux interrogations du président du tribunal Yves Saint-Macary. M. Berhocoirigoin a présenté au tribunal l'historique du combat que mène depuis de très nombreuses années le syndicat ELB, celui de la reconnaissance de la spécificité de l'agriculture du Pays Basque. «Cette structure répondait au besoin d'outils pour une agriculture paysanne, rendre ce projet possible dans le maximum de fermes. Ce nom a été choisi pour porter la revendication d'une structure publique nécessaire.» Pour le paysan de Gamarthe, la dénomination de l'association est la jonction de trois éléments différents : un territoire identifié Pays Basque, une agriculture paysanne respectueuse des hommes et de l'environnement, et la nécessité d'outils pour que ce territoire bâtisse son projet afin d'avoir des partenariats avec d'autres territoires.

Accusé d'avoir voulu porter confusion auprès de la population sur le rôle que s'est donnée l'association EHLG, son président a donné de nombreux exemples concrets qui prouvent que la structure de Garazi n'a aucune volonté de remplacer celle de Pau : champs d'action différents, aucune prétention de siéger dans des structures agricoles où est représentée la Chambre d'Agriculture de Pau, partenariats existants entre celle-ci etl'association . Et il enfonce le clou : «Nous ne souhaitons pas être reconnus comme Chambre d'Agriculture. Notre nom porte seulement cette revendication. S'il y a une Chambre d'Agriculture du Pays Basque un jour, ce ne sera pas notre structure. Dans ce cas-là, nous changerons de nom car ce nom n'aura plus lieu d'être.» Le discours est ficelé, les doutes sont éclaircis. Seull'avocat général Jean-Bernard Rouch croit avoir trouvé l'angle d'attaque pour déstabiliser le prévenu : «Monsieur, vous avez reçu une lettre du préfet juste avant la création de votre association pour vous demander de changer de nom. Vous avez seulement enlevé la version en français.» La réponse ne se fait pas attendre : «Dans sa lettre, le préfet nous a demandé de modifier la notion française, nous avons décidé de la supprimer, en tenant compte de son avis. Il ne nous a jamais rien dit sur le terme Euskal Herriko Laborantza Ganbara.» Etl'avocat général a lui aussi acquiescé.

Problème «basque»

Les quatre témoins de la défense ont, chacun à leur manière, confirmé les propos de Michel Berhocoirigoin. Michel Lauqué, président pendant six ans de la Chambre d'Agriculture de Loire-Atlantique, a montré sa surprise de voir à la barre un responsable d'association, qui a pour objectif de promouvoir uneagriculture paysanne et durable. Battu lors des dernières élections de 2007, il a créé sa propre association pour pouvoir continuer à travailler sur le projet agricole qu'il défend, CAP 44 : Construire une Agriculture Plurielle 44, une dénomination que certains de ses opposants l'accusaient de créer comme sa «Chambre d'Agriculture Paysanne 44».

Gérard Onesta, ancien Vice-Président du Parlement européen, a lui souligné «le côté exemplaire de la structure, qui est dans le droit fil de tout ce qui est voté à Strasbourg». Rappelant qu'il a été à l'initiative d'une motion votée en faveur du processus de paix en Pays Basque, il s'est montré persuadé que ce qui gênait l'Etat français, ce n'était pas la dénomination «Chambre d'Agriculture», mais le mot «basque» : «en Picardie, une telle association n'aurait aucun problème. Le mot basque crispe partout».

Un agriculteur d'Ainharp et le Conseiller Général de St-Jean-Pied-de-Port, François Maitia, ont eux aussi témoigné en faveur de Laborantza Ganbara. Après avoir rendu hommage au militant syndical qui est sur le banc des accusés, «le futur Nelson Mandela», ce dernier a conclu son témoignage d'un «laissez vivre et travailler Laborantza Ganbara en toute sérénité».

Au nom du droit d'association, contre un procès inique

Près d'un millier de personnes se sont rassemblées au son de la txalaparta devant le Tribunal de Pau pour apporter leur soutien à EHLG et à son président Mixel Berhocoirigoin. Basques du nord et du sud et occitans, ont écouté en préambule, avant le début du procès qui débuta à 14 heures, l'intervention du représentant de la Ligue des Droits de l'Homme.

Car le vecteur commun de toutes les personnes en présence était la conviction qu'allait se dérouler en cette après-midi ensoleillée un procès inique.

En écho à cette contestation, Maryse Cachenaud d'EHLG soulignait le harcèlement de plus de cinq ans supporté par EHLG.

Côté partis et groupes politiques, EHBAI était représentée entre autres, par Xabi Larralde (Batasuna) et Peio Etcheverry-Ainchart (AB).

Frantxoa Maitia conseiller général et régional et Philippe Martin président du conseil général du Gers, cités par la défense comme témoins représentaient le Parti Socialiste ainsi que la conseillère régionale Sylviane Allaux et le conseiller général Kotte Ecenarro. Pour les verts, la tête de liste d'Europe Ecologie Monique de Marco, le conseiller régional Jean Lissar et David Grosclaude étaient présents comme Daniel Romestant du Parti Communiste, Paco Arizmendi mendi du PNB et de nombreux militants de Bizi ! Des représentants d'ATTAC et du NPA exprimaient également leur solidarité. Les syndicats n'étaient pas en reste avec des représentants du syndicat agricole EHNE, ainsi que de LAB et d'ELA. Ces derniers avaient affrété trois bus en provenance du Pays Basque sud et le secrétaire général d'ELA Adolfo Muñoz était présent comme Peio Dufau de la CGT et Michel Larralde de la CFDT. De nombreux membres d'Euskal Konfederazioa, du Conseil de développement et du Conseil des élus avaient fait le déplacement. Mixel Berhocoirigoin a gravi les marches du palais sous un tonnerre d'applaudissements et la foule des sympathisants qui ne pouvait pas assister à l'audience s'est dirigée vers le marché biologique de la Place du Foirail où la fête battait son plein. Groupes de musiques, chanteur(e)s, danseur(e)s et stands pour se restaurer étaient installés. Afin de participer du dehors au procès qui se déroulait dedans.

Tard dans la soirée, les nombreux bus sont repartis dans la nuit froide. Tous et toutes émettaient le voeu de refaire la fête pour célébrer cette fois, la relaxe d'EHLG et de Mixel Berhocoirigoin.


Le JPB
ÉDITORIAL par Antton ETXEBERRI

La politique du refus pour le Pays Basque

Le procès en appel intenté par le Préfet Rey contre Laborantza Ganbara a permis de confirmer la présomption du caractère politique de l'affaire qui était en justice ce jeudi. S'il ne souhaitait parler que de lois dans ses réquisitions, le procureur lui-même n'a pu éviter de mettre en évidence le fonds politique du litige. C'est bien le symbole que représente Laborantza Ganbara qu'a décidé d'attaquer l'Etat français : celui d'une structure qui ose mettre en place un outil propre au Pays Basque, afin de répondre aux carences multiples des institutions publiques françaises. L'ancien député européen Gérard Onesta l'a fort bien résumé dans son témoignage lors du procès : «ce n'est pas le terme Chambre d'Agriculture qui dérange, c'est le mot basque.» Sil'Etat français a décidé d'attaquer l'association agricole, c'est parce qu'il s'est rendu compte que le travail effectué par la structure était efficace, répondait aux demandes de centaines d'exploitants agricoles, et servait d'exemple à suivre pour toute une série de revendications.L'Etat attaque Laborantza Ganbara car cette structure est la démonstration que les basques sont autant capables que les autres d'avoir leurs propres outils, logiques et façons de travailler. Comme cela s'est déroulé avec les ikastola il y a trente ans, l'initiative prise par des bâtisseurs qui ont décidé de se prendre en main dérangel'Etat français et son serviteur local. Reconnaître l'existence même de Laborantza Ganbara reviendrait pour le préfet à admettre que l'outil proposé parl'Etat français aux agriculteurs basques ne répond pas aux attentes locales. Ce serait accepter que des citoyens basques puissent construire leur propre modèle d'organisation, et tout cela grâce à des sources financières provenant en grande partie de «basques espagnols», qui n'ont qu'une seule idée : s'unir aux «basques français» pour créer un pays indépendant. Par ce procès, le préfet souhaite arrêter toute initiative qui permet au Pays Basque de voler de ses propres ailes. Il semble que ce soit trop tard.


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