En mémoire de Ghjuvan'Battì Acquaviva et des autres martyrs de la LLN

Publié le par Ghjuvà

 

 

Cette semaine les murs de corse se sont recouverts d’affiches et de tags visant à honorer la mémoire de Ghjuvan’Battì Acquaviva, militant martyr de la lutte de libération nationale. On pouvait notamment y  lire «  Eroi di l’eternu » « mortu pè u nostru avvene » ou encore « mortu per a Corsica ».

 

C’est dans la nuit du 14 au 15 novembre 1987 que Ghjuvan’Battì Acquaviva a trouvé la mort lors d’une opération du FLNC. Ghjuvan’Battì avait fait le choix de la lutte armée pour défendre ses idées et résister à l’agression faite à son peuple. Son nom est désormais gravé dans le marbre de l’Histoire où il incarne le militant désintéressé pur et dur. Son image à traversé les générations et aujourd’hui encore Ghjuvan’Battì demeure un exemple de force et de détermination pour la jeunesse corse. Symbole d’abnégation, la communauté universitaire lui a rendu hommage en baptisant de son nom un amphithéâtre de l’università di Corsica.

 

 

Un assassinat de sang froid

 

L’assassinat de Ghjuvan’Battì reste un crime impuni, le Colon Roussel court toujours, protégé par l’état français sous une nouvelle identité. La version des faits avancer par Roussel ne résiste pas un examen minutieux. Ce dernier affirme s’être battu avec le jeune homme dans la maison, l’avoir désarmé, et une balle aurait été tirée accidentellement. Hors Ghjuvan’Battì avait 25 ans, il était entraîné et n’aurait eu aucun mal à mettre K.O le colon d’une soixantaine d’années. De plus des traces de graviers ont été retrouvées sur le corps du jeune corse, ce qui exclu une bagarre dans la maison. Dehors, des graviers ont été remplacés à un endroit très précis après le crime, coïncidence ? L’arme du militant était un calibre 222 valmet, ce calibre ne correspond pas à l’arme du crime, et bizarrement les armes du colon Roussel n’ont pas été examinées. Rajoutez à cela la mystérieusement disparition de pièces à conviction (porte d’entrée portant une impact de balle, meubles) et vous êtes face à une manipulation judicaire manifeste.

 

Malgré cette version des faits bancale, l’affaire s’est soldée par un « non lieu ».

 La cave du colon Roussel fut racheté à bon prix par l’état français et transformé… en caserne de CRS.

 

La version du FLNC semble plus plausible au regard des éléments dont nous disposons.

 

Voici la déclaration du F.L.N.C du 17 Novembre 1987 :

 

 

« Nous réitérons notre hommage à notre frère Ghjuvan'Battista Acquaviva et confirmons notre précédente déclaration : notre militant a été froidement abattu alors qu'il assurait le repli du commando qui avait dû renoncer à l'opération initialement projetée.

Les faits sont les suivants :

 

Ralentis dans leur progression par les dispositifs de protection installés autour de la ferme du colon Roussel (boites de conserves suspendues à des fils, chiens de garde...) et par de nombreux incidents techniques qui avaient contrarié le bon déroulement de l'opération, nos militants ayant constaté que la villa avait été soudain éclairée puis, après quelques minutes, totalement plongée dans l'obscurité, ont décidé de renoncer à l'action qui aurait dû autrement se dérouler sans violences physiques. Nous tenons à préciser que sur ce type de commando JAMAIS un militant seul n'investit un objectif. Les militants agissent groupés.

 

Pendant que le véhicule du commando quittait les lieux, Ghjuvan'Battista, qui disposait d'un véhicule personnel - La voiture retrouvée à quelques dizaines de mètres - a quitté le dernier les alentours de la ferme. Le colon Roussel qui avait curieusement coupé les lumières a ABATTU Délibérément notre militant à l'extérieur de la maison alors qu'il se retirait et qu'il n'était plus un danger pour personne. Un membre du commando qui avait entendu deux coups de feu est revenu sur les lieux pour savoir ce qu'il était advenu de Ghjuvan'Battista. Après de vaines recherches dans l'obscurité la plus totale, pensant que Ghjuvan'Battista avait rejoint son véhicule, le militant s'est retiré.

 

C'est seulement après avoir perpétré cet assassinat de sang froid que le colon Roussel a avisé la gendarmerie de Viscuvatu. Il avait fait le choix de tuer alors qu'il ne courait plus aucun risque et que la pseudo agression qu'il aurait subie n'est qu'une manipulation pour camoufler le crime.

 

Il a bénéficié dans ce montage de l'aide de la gendarmerie qui a confirmé sa déclaration d'une prétendue lutte qui se serait déroulée à l'intérieur de la maison. En interdisant notamment l'accès des lieux à la presse, les autorités se sont d'ailleurs efforcées de limiter l'impact de ce drame en dissimulant sciemment l'identité de notre militant pendant de longues heures, faisant même pression sur le médecin légiste pour faire dire que le meurtre avait eu lieu à bout touchant et non à bout portant.

 

En corse tuer un nationaliste n'est pas un crime pour la justice française mais un droit"

 

 

A TE GHJUVA'BATTI... »

 

A ceux qui sont tombés

 

En ce jour de souvenir pour Ghjuvan’Battì Acquaviva, n’oublions pas que d’autres sont également tombés pour cette même lutte. N’oublions pas également qu’ils étaient tous des fils, des frères, des amis et pour certains des pères. Une pensée, donc, pour les familles meurtries de ces patriotes.

 

Guidu Orsoni, 17 juin 1983, enlèvement du militant du FLNC par des voyous à la solde de l’état français. Torturé, son corps ne fut jamais retrouvé.

 

Stefanu Cardi, 43 ans, militant du FLNC, disparu le 10 janvier 1984 en posant une bombe à Capu di muru. Il était père de 3 enfants.

 

Ghjuvan’Battì Acquaviva 25 ans ,15 novembre 1987, assassiné par un colon à Querciolu.

 

Michel Henry, 29 mars 1995, militant du FLNC incarcéré pour l’affaire de Sperone (1994).Mort en cellule des suites d’un cancer que l’administration pénitenciere soignait avec du doliprane.

 

Jean Luc Orsoni, 16 avril 1996, Tombé dans une embuscade du RAID en compagnie de Carlu Santoni. Les policiers ne portant ni brassard ni signe distinctif en pleine guerre fratricide. Sans surprise une fusillade éclate coûtant la vie d’un policier du RAID et de Jean Luc Orsoni. En mai 98 la stèle  de Jean luc Orsoni a été profané par les « amis » du policier du RAID.

 

Filippu Franceschini, 19 ans, 3 juillet 2002, trouve la mort en manipulant des explosifs.

 

Lisandru Vincenti, 24 ans, 22 janvier 2006, militant du FLNC 22/10 disparaît en posant une bombe sur la perception d’Aix en provence.

 

Antone Schinto 44 ans et Stefanu Amati  34 ans, 21 août 2006, Militants du FLNC 22/10 ils périssent dans l’explosion prématuré d’une bombe destiné aux hélicoptères de la société Yankee lima.

 

Anghjulu Maria Tiberi, 55 ans, 4 janvier 2007, disparaît lors d’une action du FLNC-UC sur des villas en bord de mer à u Sulaghju. Il était père de 2 enfants.

 

Cette funeste liste doit amener à une réflexion. A l’orée de l’adolescence ou père de famille, pourquoi ces hommes insérés dans la société et appréciés ont mis en péril leur vie au service d’un idéal ?

Sans doute faut il y  voir le symptôme d’un malaise, d’une crise profonde qui ne trouve pas de solution dans l’espace public. A la lumière de cela, comment peut nier le « problème corse » en affirmant tranquillement que la corse est la France, sans autre problème que celui provoqués par quelques excités ?

Ceux qui détiennent le pouvoir sans agir pour l’intérêt collectif du peuple corse portent la responsabilité de ces drames.

Chaque bombe qui éclate est un cri de colère et de détresse car quitter femme et enfants au petit matin pour mener une action clandestine n’a pas lieu d’être dans un pays dit démocratique. Pourtant entre les frontières de ce pays qui s’autoproclame des droits de l’homme, le fracas des bombes à tantôt un accent breton, basque, occitan ou corse.

 

En espérant que cette triste liste cesse de s’allonger. L’urgence d’une solution politique à ce conflit vieux de plus de deux siècles est plus que jamais d’actualité.

 

In memoria di tutti quelli chi so cascati pè a Nazione.

 

Pour en savoir plus

 


 

Concernant l’assassinat de Ghjuvan’Battì Acquaviva, il est impératif de lire le livre « l’eternu sguardu » en vente au profit des prisonniers politiques sur ce lien

 

Rejoindre le groupe facebook Ghjuvan Battì Acquaviva : in memoria

 

Articles du Ribombu novembre 2006 et novembre 2005 "les faits ne sont pâs prescrits"

 

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