Euskal Herria et la voie irlandaise

Publié le par FPL

Revolucion Cultural

Traduction FPL

 

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Dimanche dernier [20 juin], des représentants de la gauche abertzale, parmi eux des dirigeants historiques comme Rufi Etxeberria et Rafael Diez [en fait ce dernier ne s’y trouvait pas], souscrivaient à un accord avec le parti EA (Eusko Alkartasuna) et son dirigeant Pello Urizar, qui a jeté les bases d’une future "unité d’action", qui pourrait se traduire par une candidature électorale conjointe. Ce pas vient se joindre au document "Zutik Euskal Herria" (Debout Euskal Herria) publié il y a quelques mois, et aux "Bases pour un Accord Démocratique", de Mai. L’accord souscrit par EA et la gauche abertzale vise aussi deux points à considérer : La nécessité de la cessation de la violence, et la résolution du conflit à travers l’application des Onze Points du Sénateur Mitchell.

Le pari devient un "échec et mat" des secteurs les plus indésirables de Herri Batasuna pour "copier" (oui, littéralement, copier) le modèle irlandais de Processus de Paix. Quelque peu surprenant est le pacte avec un parti comme Eusko Alkartasuna, qui a eu quatre fois au cours des vingt dernières années le "privilège" d’occuper le Ministère de la Justice du Gouvernement basque, ses occupants étant Javier Caño Moreno, Sabin Intxaurraga Mendibil durant deux législatures consécutives, et Joseba Azkarraga, de 2005 à 2009, dans la dernière législature. Eusko Alkartasuna a donc été un parti charnière et rouage du “modèle épuisé” et du “cadre imposé” de la Communauté Autonome basque, que dénonce depuis tant d’années la gauche abertzale. Son ardeur récente à devenir "plus rouges" ne répond pas à autre chose qu’à la punition constante reçue par les électeurs en raison de son suivisme total du PNV et à son silence complice avec les illégalisations. Mais ils ont doublé la mise malgré tout. Comme on le voit, d’un parti scindé du PNV qui a fait le jeu de l’Etat et du Gouvernement basque durant 25 ans on pourrait s'attendre à bien peu, mais pas de la gauche abertzale, dont la tradition d'engagement inébranlable et de lutte ouverte est aussi vieille que le parcours de lèche-bottes d’Eusko Alkartasuna.

Cela fait quelques temps que nous écoutons des voix à travers Euskal Herria qui réclament un processus similaire à celui-ci ou identique, et le document "Zutik Euskal Herria" nous a tous mis en garde. Ce ne sont pas les seules voix, mais ce sont celles qui s’efforcent le plus de crier, et, le plus triste de tout, de faire taire les autres, comme c’est le cas d’organisations comme Kimetz ou un grand secteur de LAB. Depuis la proposition d’Anoeta en 2005, l’ABC du discours politique de certains tourne entre la critique du "dogmatisme violent" (sic) de certains et le liquidationnisme d’autres, pour qui "il n’existe plus d’alternative et tous les moyens de lutte ont été épuisés". Il est clair que les efforts répressifs de l’Etat espagnol et de ses Forces de Sécurité, en particulier contre la jeunesse basque et ses organisations comme Segi ou Haika ont donné leurs fruits, mais il ne s’agit pas uniquement de cela. Il se trouve que ceux qui critiquent le “dogmatisme violent” oublient qu’ils ont défendu UN unique pari politique pendant cinq ans durant lesquels les conditions objectives et subjectives de la lutte en Euskal Herria ont traversées des étapes nombreuses et opposées (Processus de paix de 2005-2006, échec des négociations, leur rupture, illégalisation et persécution massive, réarmement d’ETA). Dans mon village, quand une personne défend bec et ongles un pari tactique invariable en fonction des conditions données, c’est lui qui est appelé dogmatique, et non l’inverse.

D’autre part, il semble que certains cherchent, comme l’a fait le Sinn Féin en Irlande du Nord, à anéantir toutes les revendications historiques du MLNV. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait constatable à partir des récents accords et documents. D’une part, je n’ai pas encore vu une seule mention de la territorialité dans ceux-ci (l’union des quatre territoires basques qui demeurent dans l’Etat espagnol, la Navarre comprise). De l’autre, l’amnistie est devenue tout à coup "amnésie" et ici personne ne pipe mot, ni Etxerat [association des familles des prisonniers politiques basques], ni EPPK [le Collectif des Prisonniers Politiques Basques], qui a déjà à expulser de ses rangs des traîtres à un rythme plus qu’alarmant.

De plus, ceux qui défendent l’actuel processus oublient une question fondamentale : Historiquement, la marque de fabrique de la gauche abertzale a été qu’Euskal Herria a besoin d’un cadre politique propre, où se développer jusqu’à obtenir le Droit d’Autodétermination, et l’Indépendance. Pour ne pas parler du socialisme, parce que c’est une revendication de laquelle peu font cas. Mais en l’acceptant tel quel, quel genre de cadre politique propre ces jongleurs essaient-ils de nous vendre, qu’Euskal Herria va obtenir en appliquant des principes mis au point par un Sénateur républicain des Etats-Unis et copiés à partir d'autres processus de paix comme l'Irlande, le Salvador, ou la Colombie ? Et encore plus, peut-être ces messieurs ne sont-ils pas capables d'analyser les conséquences que ces processus de paix ont eu ? Dans le cas irlandais, douze ans après sa signature, AUCUNE des revendications historiques n’a été réalisé, au Salvador, ce qui était autrefois une guérilla qui a mis l'Etat dos au mur et éclairé le chemin aux peuple d'Amérique centrale est aujourd'hui un parti social-démocrate au gouvernement, et dans le cas de la Colombie, le processus a tout simplement échoué parce que les FARC, contrairement à l'IRA, ont refusé de rendre leurs armes sans condition au Gouvernement Pastrana. Est-ce ça le tant vanté "atxikimendu" [attachement]  avec lequel certains nous ont bassiné pendant cinq ans ? Beaucoup de bruit pour si peu.

Pour sa part, avec l’Etat en apparence un jour c’est noir un jour c’est blanc, mais si nous rapprochons le prisme avec lequel nous analysons la réalité, certaines choses sont claires. Il est certain que le degré de répression d’Ares, Rubalcaba et leurs acolytes n’a pas diminué d’un iota contre les forces combatives de toutes les organisations politiques d’Euskal Herria, mais il est aussi certain que cela n’entre pas en contradiction directe avec "récompenser" les 26 prisonniers traîtres qui ont abandonnés les rangs d'EPPK et ont dénoncé la violence, en les rapprochant dans les prisons proches d’Euskal Herria, ou directement dans la Communauté Autonome basque, comme c’est le cas de la prison d’Araba. Simplement la posture de l’Etat devant le conflit basque depuis 1978 ressort clairement. Pour les bons, un morceau de sucre et peut-être un fauteuil, contre les mauvais, l’acharnement.

Les arguments en faveur de cette aberration, au moins à moi, me semblent chaque jour plus déconcertants. Certains disent qu’il n’existe aucun moyen d’aller au-delà des institutions et de la négociation. En ayant derrière eux un des peuples les plus mobilisés d’Europe, des organisations de base combatives et capables de lancer à la lutte des milliers de personnes, de quoi parlons-nous ? Le niveau combatif a baissé ces dernières années, et la voie de la lutte juvénile est barrée, il ne reste rien, nous disent-ils. Je vais faire une modeste contribution au MLNV. Avec l’actuel contexte de crise économique et de prolétarisation chaque fois plus grande de la société, pourquoi ne pas parier sur la lutte sociale ? Le syndicat abertzale LAB n’a pas convoqué une seule mobilisation à grande échelle en solitaire depuis trois ans et demi, puisque dans les 1er Mai successifs comme dans les grèves de fonctionnaires et dans les protestations pour le coup de filet dans son siège en Gipuzkoa [arrestation de dirigeants de Batasuna en octobre 2009], il est allé de pair avec ELA, et même CCOO et UGT [les deux syndicats jaunes]. S’agit-il donc d’une situation de désespoir absolu ou d’un manque de volonté politique pour explorer d’autres voies ? A mon avis, il s’agit du second.

Si d’autre part, le simple fait d’imiter un exemple externe comme l’est l’irlandais est déjà un point noir pour ceux qui, comme nous disions avant, se sont toujours distingués par la défense de tactiques, stratégies, et moyens d’action autochtones et propres à Euskal Herria, et un projet politique autonome et clairement différencié du reste pour celle-ci, il l’est encore plus si nous tenons en compte que les conditions objectives en Euskal Herria sont beaucoup plus mûres pour la révolution et la lutte qu’en Irlande du nord. Simplement, si nous comparons les miettes obtenues par l’IRA, le PIRA et les Fenians du processus de paix, nous réaliserons que toutes existent déjà aujourd’hui en Euskal Herria : la reconnaissance de l’euskara comme langue, le gouvernement autonome, la police autonomique… Quelles revendications peuvent mettre sur la table, dans un moment de faiblesse, les forces politiques transformatrices basques que l’Etat peut et va accepter ? Simplement aucune.

La comparaison de la violence d’ETA avec la violence exercée par l’Etat est un autre point des récents documents qui à mon avis atteint de telles extrémités de répugnance qu’il n’admet même pas de commentaire. Simplement, je rappellerai que si ETA a été fondé en 1959 se fut justement par suite de la violence qu’exerçait ce "temps politique passé" dont personne ne veut se souvenir, contre les peuples de l’Etat et en particulier contre Euskal Herria. Maintenant qu’ils ne nous racontent pas d’histoires. Il faut être aveugle pour croire que le moment tactique idéal pour entrer dans des pourparlers de paix est le moment de plus grande faiblesse possible d’une des parties. Ce n’est pas un processus de paix, c’est une reddition inconditionnelle. Beaucoup voudraient voir une Euskal Herria en paix, mais cela a des chemins et des solutions (le respect des décisions, et le droit à décider, du peuple travailleur basque, la cessation de la répression, des conditions égalitaires en droits et devoirs pour les parties négociatrices et beaucoup d’autres) et non pas par la reddition. Les choses étant ce qu’elles sont, il est nécessaire de dénoncer dans tous les milieux les opportunistes et les traîtres, au sein de la gauche abertzale et de ses fronts politiques, comme au sein du collectif des prisonniers, ou des organisations de base.

 

Jamais vous ne verrez notre reddition.

 

 

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