Funérailles d'état

Publié le par FPL

GARA
30 Mars 2010

Jon Odriozola, journaliste

Traduction FPL

 

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L'ennemi a appelé l’organisation armée ETA de manière tout sauf belle. Bande mafieuse, criminelle et assassine, etc. Cela est normal et fait partie de la propagande, disons, contre-révolutionnaire, de la même façon que qualifier un parti communiste de « stalinien » doit être pris, selon la norme existante, comme une insulte. Dans le cas d'ETA, l’objectif ultime de l'État n'est rien d’autre que nier catégoriquement le caractère politique de la lutte d'ETA et du concept policier né des cloaques étatiques qu’ils appellent «entourage ». Il s'agit de mafieux qui réalisent une activité impolitique comparable à celle d'un délinquant commun. Cependant, les coutures et les contradictions explosent dès que la réalité met en morceaux les clichés préétablis par l'idéologie dominante.

Nous avons le dernier cas avec la mort d'un policier français sur le sol français à ce qu'on suppose aux mains d’ETA. Quelqu'un a écrit, avec beaucoup de raison, que la répercussion du fait est très différente non selon la personnalité de la victime, mais celle de l'auteur de l'homicide. C'est-à-dire, si le gendarme avait été tué par des coups de feu de délinquants communs, on n'aurait pas célébré -disons-le- ce qu’on a fini par appeler des funérailles d’état. Le mort est la même chose. Les auteurs, non. Qu'est-ce qui les différencie ? Leur caractère politique. Qui octroie, bien qu'involontairement, ce caractère ? L’état lui-même qui, simultanément, dit nier ce caractère. De qui est cette contradiction ? De l'état. Qui la provoque ? La lutte armée d'une organisation politique. L'état ignore-t-il peut-être ce caractère ? Non, il ne l'ignore pas, mais il feint de l'ignorer. Pourquoi ? Parce que, dans le cas où il ne le ferait pas, ce serait comme reconnaître que nous sommes devant un conflit d’origine politique. Continuons-nous ? Non, c'est suffisant.

Un autre exemple illustrant la manière dont les contradictions rongent les entrailles du dénommé, non sans bonne humeur, état de Droit est le détournement de bateaux de pêche dans les eaux somaliennes. L'état appelle les ravisseurs «pirates» en accentuant leur caractère simplement délinquant et en niant, en même temps, leur aspect politique. En admettant que cela est vrai, cependant quelque chose grince. L'état propose de négocier la libération de l'équipage en échange d'une somme d'argent. C'est-à-dire, il le fait avec ceux qu’il a appelé avant sans pudeur «pirates» dont le désir -on suppose- n'est rien d’autre que le profit sans buts politiques. L’Etat se met, se rabaisse, au même niveau que ces délinquants communs en payant une rançon ? Oui, d'une certaine manière. Le ferait-il avec ETA ? Non, certes. Et il ne le ferait pas parce que l'État n’accepterait jamais de se mettre au même niveau qu'une «organisation terroriste», car ce serait comme admettre le caractère politique de cette dernière.

Négocier avec des délinquants de la mer, oui. Le faire avec des «terroristes», non. Pourquoi ? Parce que les premiers veillent à leur enrichissement privé et les seconds ont opté pour un engagement politique en risquant leurs propres vies et en sachant qu'ils seront vilipendés. Et l'État, sur qui veille-t-il ?

Publié dans Euskal Herria

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