GAL : le retour inopiné de "Monsieur X" provoque un tollé

Publié le par FPL

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Dans un entretien publié dimanche par le quotidien madrilène El Pais, Felipe Gonzalez a admis implicitement avoir eu des liens avec la «guerre sale» contre ETA.

L'ancien Premier ministre socialiste a ainsi affirmé : «J'ai eu une seule opportunité dans ma vie de donner un ordre pour liquider toute la direction d'ET. (...) Peut-être en 1990 ou 1989, une information m'est parvenue, qui devait me parvenir au vu des fonctions que j'occupais. (...) A cette époque la seule possibilité était de les faire sauter tous ensemble dans la maison dans laquelle ils devaient se réunir (...)». L'ancien dirigeant socialiste affirme avoir finalement refusé de donner l'ordre mais ne pas être encore certain aujourd'hui d'avoir «fait le bon choix».

Dans le même entretien, il a estimé être sûr que le secrétaire d'Etat à la Sécurité Rafael Vera, le tristement célèbre général de la garde civile Rodriguez Galindo et l'ancien ministre de l'Intérieur Jose Barrionuevo, étaient «innocents» des faits pour lesquels ils ont été condamnés.

Cependant, il déclare que Segundo Marey (enlevé à l'époque par le Groupe antiterroriste de libération, Gal) avait été «sauvé» grâce à l'intervention... du ministre Barrionuevo. A propos de Marey qui aurait été enlevé par erreur à l'époque car confondu avec un membre d'ETA, Gonzalez lance des insinuations : «Qui était ou que signifiait Marey dans la coopérative de Bidart ?», affirmant toutefois ne pas pouvoir en dire plus.

De A à X

Du côté socialiste, le président du Parlement Jose Bono a défendu Felipe Gonzalez estimant qu'il avait été «le meilleur président de A à X». Si la lettre Z a été évitée par J. Bono car c'est l'initiale de l'actuel Premier ministre Zapatero, on ne peut tout de même pas s'empêcher de penser à une allusion au fameux «Monsieur X», chef du GAL.

Or précisemment de nombreux responsables politiques ont estimé que par ces déclarations F. Gonzalez s'était autodésigné comme le fameux «X» à la tête du groupe parapolicier selon l'organigramme élaboré à l'époque par le juge Garzon. Celui-ci plaçait en haut de la hiérarchie un X jamais officiellement identifié ni condamné mais en qui beaucoup voyaient l'ancien chef du gouvernement.

Le vice-secrétaire général de la Communication du Parti populaire (PP) a réagi déclarant que F. Gonzalez s'était «lui seul désigné comme le X du Gal». Bien que Manuel Fraga, ancien ministre du dictateur Franco, ait estimé que «moins on parle de ce sujet, mieux c'est», le PP a réitéré ses accusations par la voix de sa secrétaire générale, Maria Dolores de Cospedal qui a déclaré que Gonzalez avait mis en évidence «ce que pratiquement tous les Espagnols» savaient, à savoir que «la guerre sale» avait été «menée depuis le gouvernement et que le chef du gouvernement en était le plus haut responsable.»

Le président du Parti nationaliste basque (PNV) en Araba, Iñaki Gerenabarrena, a lui aussi estimé que par ses déclarations Gonzalez «marquait» qui était «Monsieur X». Le responsable jeltzale a ajouté que Gonzalez avait «très peu de respect pour les droits humains et pour l'action démocratique d'un Etat de droit.» Le principal dirigeant de ce même parti dans la province de Gipuzkoa, Joseba Egibar, s'est exprimé dans le même sens.

Ezker Batua, branche de la coalition de gauche Izquierda Unida dans la Communauté autonome basque, a demandé que le procureur général ouvre une enquête pour savoir si les déclarations de Gonzalez étaient «constitutives d'un délit».

La secrétaire de Comunication d'Eusko Alkartasuna, Ikerne Badiola, a pour sa part qualifié d'«extrêmement graves» les dires de l'ancien chef du gouvernement et d'«apologie de la guerre sale». «Enormément graves» également pour Patxi Zabaleta dirigeant d'Aralar et porte-parole de la coalition Nafarroa Bai au Parlement de Navarre. Pour celui-ci, cette affaire «pose implicitement de nombreuses questions comme le sérieux des structures de l'exécutif» et de celles «de la justice de ce pays et le peu de morale de certaines personnes qui ont eu de hautes responsabilités».

Une quarantaine d'attentats

Les Groupes antiterroristes de libération ont commis plus de 40 attentats entre 1983 et 1988 faisant une trentaine de morts en Pays Basque Nord. Barbouzes d'extrème droite et seconds couteaux du milieu étaient les exécutants d'actions commanditées par des membres des Forces de sécurité espagnole (FSE). Lors des quelques procès ayant eu lieu dans l'Etat espagnol il fut démontré que les fonds réservés du ministère de l'Intérieur espagnol avaient été utilisés pour financer ces opérations. Le colonel Galindo, nommé général par la suite par le pouvoir socialiste, et dont M. Gonzalez assure qu'il est «innocent» fut accusé en outre d'avoir détourné une saisie de cocaïne pour financer ces attentats.

La plupart des responsables politiques et policiers condamnés pour ces actes sont sortis de prison avant d'avoir purgé la moitié de leur peine. L'un d'entre eux, le commissaire Amedo, a été interpellé puis relâché après quelques heures le week-end dernier pour violences domestiques.

 

Giuliano CAVATERRA

 

Source : Le JPB

Publié dans Euskal Herria

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