Gerry Adams aurait il fait prolonger la greve de la faim de 1981 pour des motifs électoralistes?

Publié le par FPL

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Peinture murale en hommage aux grevistes de la faim de 1981

 

 

Ce texte du Belfast telegraph a été traduit en français par le site Liberation Irlande :

 

Richard O’Rawe est un ancien prisonnier républicain, qui était dans la même aile de la prison de Long Kesh que Bobby Sands, et qui fut porte-parole des grévistes de la faim en 1981. Il nous explique que Gerry Adams avait fait prolonger la grève de la faim de 1981 pour des motifs électoralistes et en mentant à peu près à tout le monde. Adams est un ruffian machiavélique à la face barbouillée de sang républicain.
 
Dans un article récent paru dans le Belfast Telegraph, Eamonn McCann a dit au sujet de mon livre Afertlives, consacré à la grève de la faim de 1981, que « O’Rawe, sans doute à l’image d’Ed Moloney, va trop loin en suggérant que Gerry Adams a  personnellement pris la décision de maintenir la grève de la faim, afin de construire le mouvement de soutien à son parti Sinn Fein. Le fait de personnaliser le débat autour du président de Sinn Fein n’aide pas à avancer dans la compréhension des facteurs en présence ».


Je pense qu’il s’agit là d’une référence au soupçon selon lequel la grève de la faim avait été prolongée pour s’assurer de l’élection du candidat républicain Owen Carron à l’élection législative, en tant que remplaçant de Bobby Sands pour la circonscription du Fermanagh-Sud Tyrone (un pas important dans la marche à l’intérieur de la politique électorale de la part de Sinn Fein).


Au cœur de cette affaire, il y avait la proposition du gouvernement britannique visant à un règlement de la question de la grève de la faim, au moyen de pourparlers secrets ayant eu lieu quelques semaines avant l’élection pour le siège de député de la circonscription du Fermanagh-Sud Tyrone. Le fait que cette proposition fut rejetée avec mépris détermina le résultat de l’élection, parce que la poursuite de la grève de la faim motiva des électeurs nationalistes en colère de la circonscription à se tourner vers Carron, qui finit par gagner ce siège.


Ce ne fut que quelques semaines plus tard que Sinn Fein adopta la stratégie du « fusil et du bulletin de vote ». Hélas, Eamonn n’explique pas les raisons pour lesquelles ce serait aller « trop loin » que de suggérer que Gerry Adams a personnellement pris la décision de faire continuer la grève de la faim jusqu’à l’échéance électorale.


En tous cas, très clairement, il est d’avis que j’ai été trop dur avec le président de Sinn Fein. L’ai-je été? Qu’ai-je dit dans Afterlives au sujet du rôle de Gerry Adams dans la grève de la faim? J’ai dit que c’est Gerry Adams, et non Martin McGuiness, Danny Morrison ou qui que ce soit d’autre, à qui le Conseil Militaire de l’IRA a confié la mission d’établir et de diriger un comité de républicains vétérans chargé de l’agitation et du conseil auprès des prisonniers, sur toute une série de thèmes.


J’ai dit que le Conseil Militaire lui avait signifié que c’étaient les prisonniers eux-mêmes qui devaient prendre les décisions dernières au sujet de tout contact ou propositions venant du gouvernement britannique, et qu’il a ignoré cet édit.


J’ai dit qu’il avait été le principal négociateur avec le gouvernement britannique lorsque, du 4 juillet au 5 juillet 1981, les représentants britanniques firent une proposition pour faire cesser la grève de la faim.
J’ai dit que lorsque la direction des prisonniers accepta cette offre, Adams écrivit un communiqué adressé aux prisonniers qui annulait leur acceptation de la proposition britannique (mon ex-camarade de cellule a confirmé que la décision de rejeter cette proposition avait été prise « par la direction à l’extérieur », dans une interview avec Eamonn McCann publiée le 7 février 2008 dans le Belfat Telegraph).


J’ai dit qu’en tant que principal négociateur et que républicain haut placé dans le comité, Adams n’avait pas informé le Conseil Militaire de ces pourparlers avec le gouvernement britannique.


J’ai dit qu’il n’avait pas informé le Conseil Militaire du fait que les Britanniques avaient fait une proposition qui fut considérée par les prisonniers comme assez valable pour qu’ils cessent la grève de la faim.
J’ai dit qu’il a fait croire le contraire au Conseil Militaire, et à la communauté républicaine au sens large, en prétendant que les prisonniers étaient implacables et qu’ils n’accepteraient rien d’autre que la satisfaction de leurs 5 exigences, alors qu’il savait parfaitement que ce n’était pas le cas et que les prisonniers acceptaient la proposition britannique.


J’ai dit qu’il avait rencontré Monseigneur Denis Paul et des membres des familles des grévistes de la faim le soir du 28 juillet 1981, mais qu’il ne leur avait touché mot de la proposition britannique. J’ai dit qu’il n’avait pas informé les familles que la direction des prisonniers avait accepté la proposition.


J’ai dit qu’il n’avait pas informé la direction de l’IRSP/INLA de la proposition (bien que deux de leurs membres furent parmi les six derniers prisonniers à mourir). J’ai dit qu’il avait rencontré les grévistes de la faim à l’hôpital de Long Kesh le 29 juillet 1981 et qu’il leur avait dit : « il n’y a pas de deal en vue, rien, aucun geste ».
J’ai dit qu’il n’avait pas informé les grévistes de la faim de la proposition britannique lors de cette visite et que, par conséquent, il avait induit en erreur ces hommes à l’article de la mort.


Alors est-ce que vraiment je suis allé trop loin en suggérant qu’Adams a pris personnellement la décision de faire durer la grève de la faim pour construire le soutien à Sinn Fein? Je ne le crois pas. En tout état de cause, il serait très facile à Adams de me prouver le contraire, il pourrait suivre mon exemple et participer avec moi à l’enquête républicaine au sujet de la grève de la faim. Il pourrait aussi réfuter point par point ce que je viens d’écrire dans cet article. Toutefois, je serais bien surpris s’il le faisait.


source : The Belfast Telegraph du 30 décembre 2010

Publié dans Peuples en Lutte

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