Interview de Ghjuvan-Maria POLI porte parole de la Comission Anti repressive (CAR) de Corsica Libera

Publié le par FPL

 

   Pour le magazine « U taravu » octobre 2010.


L’actualité de ces derniers mois a sensiblement emballé le problème posé par le rapprochement des détenus Corses, avec pour point d’orgue la visite effectuée par les élus Corses à la Chancellerie. Les attentes consécutives à cette réunion sont considérables et la Corse reste attentive à la suite des événements.


Indépendamment des aspects légaux ou politiques, traités abondamment par tous les médiats, les élus et les associations, (d’autant que le feuilleton n’est pas clôt, loin s’en faut), il est un aspect humain du problème sur lequel nous devons nous attarder : les conséquences de l’éloignement des détenus sur l’environnement familial, parents, enfants, épouses.., ainsi que le coté financier qui n’est pas un élément négligeable.


Un des portes parole de la CAR et militant de l’Associu Sulidarità, réside dans notre vallée du Taravo. C’est donc tout naturellement que nous nous adressons d’abord à lui, proximité oblige, pour en savoir plus sur la question :

interview

  

 

- Ghjuvan-Maria Poli vous êtes en relation avec toutes les familles qui vous font part des problèmes liés à la situation des détenus. Sans doute êtes vous le mieux placé pour nous faire connaître ce qu’il en est très précisément, sur le plan humain, du coté des détenus d’abord. :


À l’évidence l’exil que subissent nos frères incarcérés à plus de 900 km de la Corse et de leurs bases familiales, constitue une forte pression psychologique, volontairement entretenue par l’Etat.

Elle se rajoute aux trés lourdes et disproportionnées condamnations infligées aux prisonniers politiques et aux détentions préventives excessives, qui dans certains cas ont atteint et battu tous les records de temps.


D’autre part, l’exil carcéral et l’utilisation abusive et quasi systématique de la qualification de Détenu Particulièrement Surveillé, induisant pour le prisonnier une sévère restriction d’évolution dans les activités susceptibles d’être normalement pratiquée en prison, contribue à l’établissement de conditions de détentions détestables et illégales, que doivent injustement endurer les prisonniers politiques corses.


Mais sans aucun doute ce qui reste très certainement le plus douloureux à vivre, reside dans la difficulté voir l’impossibilité pour certains d’avoir des visites régulières de leurs enfants, épouses ou conjointes , mères et autres proches parents.


Dans la normalité d’une incarcération à proximité de sa famille, un détenu peut prétendre à trois visites par semaines. A cause, du coût et de la pénibilité de ces déplacements, les familles corses sont loin de pouvoir assurer ce nombre de visites. Au grand maximum cela peut se faire une fois par mois, voir pour certaines trois ou quatre fois dans l’année. Alors, lorsque l’on comptabilise, tous ces tourments, on ne peut que rendre hommage au courage des patriotes corses incarcérés et à leur familles qui avec beaucoup d’abnégation et de dignité surmontent les épreuves de ces véritables tortures psychologiques. Chacun d’entre nous, pour peu qu’il soit attaché au respect du droit humain, se doit d’œuvrer pour faire cesser cette scandaleuse injustice, ou d’essayer de soulager les difficultés, comme le font depuis plusieurs années les militants de l’associu sulidarità en déployant sur le terrain de la solidarité un travail remarquable , qu’il faut ici , saluer.


Faisons parler les familles, les épouses, les enfants, mères, sœurs, les conséquences morales, physiques ou psychologiques ?


Vivre l’absence d’un mari d’un père ou d’un fils est déjà très difficile en soi. Le fait qu’il soit en exil et emprisonné, bien évidemment accroit considérablement le désarroi psychologique d’un enfant ou d’un proche. Il y a comme une sorte de situation de deuil social, qui s’installe et qui est la conséquence de détresses psychologiques intenses. Cela peut être très grave, si l’environnement dans lequel évoluent les familles, n’est pas assez solide à divers niveaux, pour affronter ces épreuves.


Un autre aspect qu’il faut souligner et qui est directement en relation avec cette situation, demeure la pénibilité physique et les dangers encourus par les déplacements qui deviennent de plus en plus compliqués. Pour preuve il faut souligner par exemple les conditions de déplacements des familles pour se rendre à la prison de LANMEZAN dans les Pyrénées et qui doivent emprunter la voiture, l’avion, le train et l’autobus pour parcourir prêt de 800 km . C’est un véritable effort physique très éprouvant surtout lorsque l’âge est là, d’autant qu’outre la fatigue il faut désormais s’armer du nécessaire courage psychologique, afin de faire face aux possibilités d’agressions avec vols, dont une mère de prisonnier à été victime par deux fois au cours de ses voyages.


Nous devons aborder l’aspect financier pour les familles et ses conséquences sur leur présent et leur avenir ?


- Les conséquences financières pour les familles sont désastreuses et dévastatrices. Elles ne peuvent que les précipiter vers toujours plus de précarité financière.

 

- Au bas mot, pour chaque déplacement, en fonction du lieu de la prison et des nuitées à y passer pour réaliser au maximum 2 parloirs, Il faut compter une dépense comprise entre 400 et 600 €/ pers (billets transports, repas, nuits d’hôtel, etc..).

 

- Certaines d’entres elles, sont obligées malgré un âge avancé et une retraite bien mérité par des années de dur labeur de se remettre à travailler, afin de pouvoir surmonter les difficultés, d’autres parfois sont obligées de vendre leur patrimoine ou de s’endetter pour de très longues années.


- -quelles sont à votre connaissance les derniers éléments notables du dossier ?


- Actuellement, la seule évolution notable de ce dossier, réside dans le fait que, grâce à la ténacité de nos revendications et à la pertinence de nos propositions, l’ensemble de la représentation de la classe politique et de la société civile corse, a souhaité se donner le moyen de se faire entendre sur ce sujet, en haut lieu.


- Par ailleurs, nous devons noter le changement de ton de la ministre en charge du dossier, qui quelques jours auparavant, à travers un courrier adressé à l’assemblée de Corse, affichaient une franche fermeture, sur toute possibilité d’évolution de la situation. Néanmoins à la suite de son retour à de meilleures dispositions qui a provoqué la fameuse réunion avec les chefs de groupe des élus corses à la chancellerie, force est de constater que le résultat, n’est aucunement à la hauteur de ce que les familles et les corses sont en droit d’attendre. Les propositions à stricte-minima de la ministre de la justice, sont largement insuffisantes et méprisantes pour les familles injustement victime de cette double peine. Elles n’ont qu’un seul but, celui de désamorcer, par un effet d’annonce, le mécontentement de l’ensemble des corses. En effet, aujourd’hui tout le monde le sait, car nous l’avons maintes fois démontré, le traitement global et définitif du rapprochement, est possible, rapidement.


- Conclusion


- Oui tout est possible, le rapprochement des prisonniers en corse doit se faire conformément à la loi et cela dépend exclusivement de la seule volonté politique du gouvernement. Gageons que si cette volonté politique se faisait jour,elle mettrait fin aux inutiles souffrances des familles mais aussi sans aucun doute , elle pourrait contribuer à ouvrir d’autres perspectives et constituer l’amorce d’un processus de sortie de crise.

 

- Pour l’heure, il nous faudra tous ensemble, continuer à porter et amplifier la juste revendication du rapprochement, mais aussi appuyer l’effort de solidarité entrepris depuis plusieurs années par l’associu sulidarità qui vient en aide aux patriotes incarcérés et à leurs familles.

 

Source: Unità Naziunale

Publié dans Corsica

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