JG Talamoni:"Les Corses doivent pouvoir continuer à habiter sur leur terre"

Publié le par FPL

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Jean-Guy Talamoni,Corsica Libera (indépendantiste), réagit à la volonté des nationalistes d'instaurer "une citoyenneté locale" qui permettrait de limiter les ventes de maisons aux "continentaux".

 

Selon vous, l'instauration d'une "citoyenneté corse" permettrait de résoudre la crise de l'immobilier que connaît l'île. Quel est le rapport?


Les prix s'envolent depuis plusieurs années, sous l'effet notamment de la multiplication des résidences secondaires, achetées par des personnes très riches. Résultat: de nombreux Corses ne peuvent plus se loger dans leur village ou dans leur quartier. C'est pourquoi nous proposons d'instituer une "citoyenneté corse", attribuée au bout de dix ans de résidence permanente, et qui seule permettrait de devenir propriétaire.  

 

 

Si les Continentaux achètent, c'est que des Corses sont bien contents de leur vendre et de réaliser ainsi de bonnes affaires...

 

C'est vrai, mais il est des moments où l'intérêt collectif doit primer sur l'intérêt individuel. Il s'agit d'une question politique: les Corses doivent pouvoir continuer à habiter sur leur terre.  

 

L'immobilier s'envole aussi en Provence et à Paris et nulle part on n'envisage de solutions aussi radicales !

 

C'est vrai. Et quel est le résultat? Quand on se rend dans le Lubéron, on ne trouve plus beaucoup d'habitants qui soit originaires du Lubéron. Personnellement, je n'ai pas envie que mon île suive le même chemin. Je souhaite que la Corse reste la Corse.  

 

Faut-il pour cela instituer une "citoyenneté" particulière?

 

Oui, car cela changerait tout. Car les Continentaux ou les Européens qui achètent ne s'installent pas à l'année, mais quelques semaines. En bloquant ces acheteurs, la demande diminuera et les prix aussi.  

 

Et que prévoyez-vous pour les Corses de la diaspora? Seront-ils exclus de la citoyenneté, faute de résider sur place de manière permanente?

 

Pas du tout. Ils en bénéficieront évidemment. Même si nous devons encore déterminer les conditions exactes de ce droit.

 

Donc, vous défendez le droit du sang.

 

Oui, mais pas exclusivement. La France elle aussi prévoit l'acquisition de la nationalité par le droit du sang et par le droit du sol. Je comprendrais la critique si nous réservions la citoyenneté corse au seul droit du sang, mais ce n'est pas le cas, puisque encore une fois, elle sera accordée à tous les résidents permanents au bout de dix ans. Ce qui n'est pas le cas, je vous le ferais remarquer, pour la nationalité française.  

 

Tout de même. Instituer une citoyenneté corse, n'est-ce pas une forme de xénophobie? N'allez-vous pas créer des citoyens de seconde zone?

 

C'est exactement l'inverse puisuqe rien n'empêchera un continental, un Portugais ou un Africain d'obtenir la citoyenneté corse après 10 ans de résidence permanente. Connaissez-vous beaucoup de pays où ce soit le cas. Ce serait au contraire le système le plus généreux d'Europe. En revanche, je considère qu'un touriste ou même un sous-préfet qui passe trois ans ici n'est pas corse pour autant.  

 

Cela reste contraire à la tradition française, celle d'Ernest Renan qui disait qu'une nation est un plébiscite de tous les jours!

 

En quoi? Si quelqu'un partage la vie des Corses pendant 10 ans, il aura prouvé sa volonté d'intégration et disposera sans difficultés de la citoyenneté corse. Mais in ira différemment des touristes qui y passent 15 jours en vacances. Ceux-là seront toujours les bienvenus, mais ils ne seront pas considérés comme citoyens. Est-ce illogique? A ma connaissance, les Japonais qui visitent Paris chaque année ne deviennent pas citoyens français à cette occasion.  

 

Vous dîtes que votre vision de la citoyenneté serait la plus généreuse d'Europe. Mais elle sera la plus restrictive des régions françaises. On peut acheter une propriété en Bretagne ou en Bourgogne sans attendre 10 ans.

 

C'est exact, mais la vraie question est ailleurs: la Corse est-elle une région française? Pour moi, la réponse est non. Nous formons une vraie nation, intégrée à la France depuis seulement 250 ans, ce qui est peu, à l'échelle de l'histoire. N'oubliez pas que les Génois sont restés ici pendant 400 ans. Et qu'ils en sont partis...  

 

Un tel statut est-il compatible avec les règles de l'Union européenne?

 

Il existe un cas semblable dans les îles Aland, en Finlande.  

 

Etes-vous sûr que la "citoyenneté corse" soit juridiquement compatible avec le droit français? L'instauration du peuple corse, avait été invalidée par le Conseil constitutionnel.

 

Une citoyenneté locale a été instituée en Nouvelle-Calédonie et validée par le Conseil constitutionnel, avec des conséquences explicites sur le corps électoral et l'accès à l'emploi. Pourquoi la France refuserait-elle ici ce qu'elle a accepté ailleurs?

Parce que la Nouvelle-Calédonie est un territoire d'outre-mer et que vous n'avez pas le même statut !

 

Un statut, ça se change...  

 

La création de cette citoyenneté aurait-elle des effets uniquement sur l'accès à la propriété ?

 

Non. Dans notre esprit, elle devrait aussi avoir des implications sur le corps électoral et l'accès à l'emploi public. Comme en Nouvelle-Calédonie.  

 

 

source l'express

Publié dans Corsica

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Jean-Marc 25/08/2010 12:20


Pour développer la Corse dans l'esprit d'indépendance, le concept de gestion globale de l'eau pourrait l'y aider.

Association des biefs du Pilat

http://www.dailymotion.com/video/xabta8_biefs-du-pilat-sept-2009_tech