Jon Anza : la famille récupère le corps

Publié le par FPL

Le JPB
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21/07/2010

Goizeder TABERNA

Un an et trois mois après sa disparition, et de nombreux rebondissements tout au long de l'enquête, le temps du deuil est arrivé. Le corps de Jon Anza sera de retour sur sa terre natale vendredi. Après un premier accueil de la dépouille à 16 h 30, un hommage «national» aura lieu samedi. Organisé par la gauche abertzale, il aura lieu sur la place de Ciboure à 17 heures et aura pour slogan «Adieu et honneur au combattant Jon» (Jon, agur eta ohore gudari).

Actuellement à la morgue du CHU de Toulouse, le corps sera transféré au funérarium de Ciboure vendredi, comme convenu, après avoir accompli toutes les analyses supplémentaires exigées par la famille. Lors de son arrivée, l'accueil public sera réalisé à l'extérieur du funérarium. La famille a exprimé le souhait d'enterrer le corps dans l'intimité, au Pays Basque Nord, dans les jours qui suivront.

Auparavant, un hommage plus important sera célébré, samedi, «dans la ville qu'il aimait tant», précise la gauche abertzale dans un communiqué. Les militants des sept provinces du Pays Basque y sont attendus. «En plus de rendre hommage à Jon, nous allons exiger aux Etats français et espagnol de faire la lumière sur cette disparition, car ils sont responsables de sa séquestration et de sa mort», précisent les organisateurs.

Long silence

Le corps ne sera pas par la suite incinéré. Il sera enterré, comme l'a demandé le juge, pour d'éventuels besoins qui pourraient survenir au cours de l'enquête. Effectivement, son entourage pourra débuter son deuil dès la réception du corps, mais il semblerait que cette étape se prolonge car le dossier Jon Anza est loin d'être dénoué (voir encadré). Une hypothèse aussi inattendue que les épisodes qui l'ont précédée.

Inattendu, le temps qu'a passé la famille de ce militant basque, originaire de Donostia et vivant à Ahetze, pour retrouver son corps après que sa compagne l'ait déposé en gare de Bayonne le 18 avril 2009. Il a finalement été retrouvé à Toulouse, lieu dans lequel il se rendait... onze mois plus tard, le 11 mars 2010. Il était conservé dans une morgue depuis sa mort, le 11 mai 2009. Pendant cette longue période de silence, ETA avait rendu public l'appartenance de Jon Anza au groupe armé et avait dénoncé l'implication de policiers espagnols dans cette disparition. Ce à quoi Alfredo Perez Rubalcaba, ministre de l'Intérieur espagnol, avait rétorqué qu'il s'agissait d'un règlement de compte interne à l'organisation armée. Thèse qui a recueilli le soutien de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice labourdine.

Inattendus, la quantité de dysfonctionnements qui ont marqué l'enquête menée dans un premier temps par la procureure de Bayonne, puis récupéré par un juge d'instruction toulousain, le 19 mars, à la suite de la découverte du corps.

Inattendus, enfin, les faits qui ont précédé cette disparition, à savoir, la séquestration de courte durée par un groupe de personnes hispanophone de Juan-Mari Mujika à Saint-Palais. A Toulouse, c'est le départ précipité de deux gardes civiles de l'hôtel Adagio le jour de publication du communiqué d'ETA qui a attiré l'attention des enquêteurs.


Les questions subsistent

Malgré la découverte du corps de Jon Anza, de nombreuses zones d'ombre persistent dans ce dossier où les responsabilités de chacun ne sont pas encore établies. «Nous sommes devant une série impressionnante d'éléments qui permettent d'être certains que ni les services de polices, ni les services judiciaires n'ont correctement fonctionné» avait déclaré début juillet Jean-Pierre Dubois, Président de la LDH dans une conférence de presse organisée à Paris.

D'après Me Julien Brel, avocat de la famille de Jon Anza, «une simple réquisition au bureau des objets trouvés» de Toulouse où le passeport de Jon Anza a été ramené «aurait suffi» pour retrouver la trace du militant basque Jon Anza. Toujours selon l'avocat, l'hôpital de Purpan dans lequel a séjourné Jon Anza, n'aurait «jamais reçu de réquisition» du Parquet de Bayonne. Dans le procès-verbal listant les hôpitaux interrogés, ni fax ni numéro de téléphone ne sont précisés pour les établissements de Bordeaux et Toulouse. La procureure de Bayonne récuse ces accusations en protestant «ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas été réquisitionnés». Un autre PV certifierait quant à lui que «les diligences ont été faites» mais qu'elles n'ont rien apporté. La famille, porté à ce jour partie civile, ne croit pas à la thèse des dysfonctionnements. L'orientation de l'enquête dans le sens d'une fuite de J. Anza et les armes «oubliées» dans un hôtel toulousain par des gardes civils espagnols viendrait alimenter la thèse d'une «raison d'Etat».

Publié dans Euskal Herria

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