La communauté internationale soutient toujours l'irréversible

Publié le par FPL

Par Javier Ramos Sánchez
Traduction FPL

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J’ai lu les déclarations de M. Brian Currin au sujet de la, à son avis, nécessité de “rendre irréversible le processus démocratique” auquel aspire la société basque et je ne sors pas de mon étonnement. Il apparaît ainsi que, de l'avis de ce “facilitateur” de processus de résolution de conflits, avec des ingrédients comme la "légalisation" et “la confiance”, le chemin est pratiquement nettoyé et le gouvernement espagnol poussé à respecter la volonté des citoyens basque.

Celui-ci et d’autres pleins de bonne volonté semblent ignorer, si habitués dernièrement aux pages de la presse abertzale, que les États espagnols et français n'ont besoin d'aucun “processus démocratique” parce qu'ils sont, par définition, LA DÉMOCRATIE et leurs textes constitutionnels le gardien fidèle de leurs intérêts impériaux.

L'État espagnol, pour ne pas mentionner le français, n'a aucun intérêt dans aucun processus négociateur dont l'unique chose qu'il peut obtenir est la perte d'un “morceau de souveraineté” et les énormes rendements économiques qu'il obtient de lui. Nous parlons d'Euskal Herria mais on devrait dire la même chose et encore plus du potentiel économique catalan. Un Etat parasitaire comme l'espagnol, encore ancré dans le picaresque de Quevedo, avec une économie submergée de 25 %, qui permet la plus grande évasion fiscale aux classes possédantes, tandis qu’il subvient à toute sortes d’espèces de feignants et de délinquants avec des airs de noblesse démodée, ne peut pas se permettre, simplement, d'entrer dans aucun processus, encore moins de nature démocratique, dont la fin prévisible serait le dégonflement total annoncé du ballon impérial auquel faisait allusion le très lucide monsieur Arzalluz (ancien président de la communauté autonome basque).

Et maintenant il va en ressortir que quatre députés européens, une paire de lobbys, deux conférenciers et une humeur pacifiste exalté non exempt d’ingénuité pathétique, vont rallier l'État espagnol, le même qui a bougé tous les fils pour que le Tribunal de Strasbourg déclare ce qui lui convient, aussi souvent qu’il lui convient, à un “processus démocratique” pour résoudre le conflit avec Euskal Herria. S'il vous plaît, un peu de sérieux ! Que Londres accepte en Irlande l'inéluctabilité d'un processus de négociation indique seulement la perspicacité naturelle et supérieure que les Anglais possèdent pour soupeser avantages et inconvénients sur la balourdise impériale espagnole maladroite et entêtée.


Cette même Communauté internationale qui accepte avec une passivité et un acquiescement insultants "l'irréversibilité" du mur de la honte en Palestine, du massacre à Gaza de l'année dernière, des invasions de l'Irak, de l’Afghanistan... Guantánamo, les fosses communes en Colombie, la situation des Tchétchènes au Caucase, le génocide au Rwanda – bah!, 800.000 petits morts de rien du tout-, les tortures et les disparitions dans toutes sortes de pays corrompus financés pour faire le “sale travail” des métropoles européennes, la même Communauté internationale qui a accepté lâche et impassible l’"irréversibilité", évidemment, le coup d’Etat génocidaire à la république espagnole en 1936, le bombardement de Gernika, les bombes de Hiroshima et Nagasaki. Mais de quelle sorte de répugnante politique internationale nous parle M. Currrin ? De celle qui regarde de l’autre côté si c'est le Mossad qui assassine impunément, ou celle qui applaudit le nouveau césar nord-américain et lui octroie des prix Nobels de la paix, avant même qu'il ne fasse quelque chose d'effectif pour la paix mais et en plus en l'entendant argumenter sur les vertus de la guerre, à la réception même du prix convoité, à la honte de n'importe qui avec un minime de dignité.


Naturellement, M. Currin, que l'État espagnol et le français et toute la cour des États hypocrites “soutiendront le processus quand il sera irréversible”. Il ne manque que ça. Mais je crois qu’il sera seulement irréversible quand la corrélation de forces le rendra irréversible. Je n'ai sûrement pas l’énorme information que vous pouvez avoir à ce sujet et je ne suis pas non plus en position de commenter le processus de libération sud-africain. Mais je crains que la décomposition de l'oligarchie blanche ait plus à voir avec le triomphe de la majorité populaire noire qu’avec “les bonnes intentions de quelques leaders”. En ce qui concerne le royaume d’Espagne je peux vous assurer qu'il n'a jamais bougé poussé par cet intérêt "démocratique" auquel vous vous référez. S'il a été chassé de toutes parts ça a été de force et pas autrement que par la force ou par sa menace. Il n'y a qu’à jeter un coup d'œil aux processus de libération de toutes les colonies qui ont été soumises au joug de la couronne espagnole. Parfois, il est vrai, la simple menace a suffi, comme en Floride, Texas ou Californie. Pour paraphraser notre cher M. Currin, disons que ces colonies sont entrées dans un "processus" qui est devenu irréversible, puisque le royaume espagnol a été “habilement convaincu” des avantages de partir en courant et laisser aux mains des nouveaux maîtres du monde ces territoires. Et c'est que le pouvoir de persuasion des canons semble avoir plus de succès que celui des conférences, pour le malheur de cette humanité tourmentée.


Ainsi, très bien, quand la situation est "consolidée", alors et alors seulement la Communauté internationale “soutient le processus”, comme cela s’est produit avec l'annexion de l'Autriche et les Sudètes tchécoslovaques en 1938. L'invasion du Panama ou de l'île de Grenade, les coups d'État au Chili, Honduras ou Niger. Oh magnifique et impartiale Communauté Internationale, toujours prête à soutenir des processus démocratiques pour la résolution des conflits entre les nations ! Voyez le cas Palestinien. C'est un paradigme. Israël ne respecte aucune des Résolutions de l'ONU sur les territoires occupés et ?.... Saddam Hussein a été renversé parce qu'ils disaient qu'il possédait certaines armes de destruction massive....qui finalement ne sont jamais apparues. On a constaté l'utilisation de phosphore blanc par Israël dans son invasion et extermination récente de Gaza et on sait qu'il possède plus de deux cents ogives nucléaires, cependant notre civilisée communauté européenne, au service de l'Oncle Sam yankee, n’a d’yeux que pour l'Iran et son programme de recherche nucléaire. Bien sûr, comme le sait bien la Corée du Nord, aussitôt que vous possédez l'arme nucléaire vous vous mettez à faire partie de cet autre club de choix d’élus par Dieu, ceux qui, semble-t-il, possèdent la prérogative de menacer et même d'utiliser cette arme comme et quand ils le considèrent nécessaire. Où est cette Communauté internationale quand même la France admet avoir utilisé la bombe nucléaire en Algérie pour "étudier" ses effets sur ses propres soldats ?


Je termine. Le rôle de rabat-joie ne me plaît pas et encore moins dans des processus aussi dramatiques et douloureux que ceux que vit Euskal Herria depuis des siècles où elle a été envahie. Rien ne me rendrait plus heureux que, enfin, la raison, l'impartialité, le respect de la volonté des Peuples, et le souci scrupuleux de protéger tous les droits humains de toutes les personnes soient le nord et le guide dans l’évolution des conflits qui ravagent cette martyrisée et belle planète. Si seulement ils assumaient naturellement des concepts aussi basiques comme qu’Euskal Herria a la parole et la décision. Et que cela signifie le respect de son intégrité et de son droit inaliénable de décider de son avenir politique en paix et dans une entière liberté. La réalité, M. Currin, est qu’un gouvernement usurpateur et fantoche gouverne à Lakua (Communauté autonome basque) grâce à la fraude électorale et l'annihilation des droits politiques et civils de milliers de citoyens, tandis que d'autres hommes politiques restent des années en prison pour le simple fait de proposer des “processus démocratiques” et les allégations de tortures de détenus sont monnaie courante. A mon humble avis, la situation sera irréversible parce que, d'une part, le système productif espagnol est manifestement obsolète et court un sérieux risque d'implosion, comme en témoignent nombre d'experts internationaux et, d’autre part, parce que les bourgeoisies périphériques les plus modernes ne vont pas se laisser traîner par le lest centripète castillan. L'expérience, donc, ne nous fait que souscrire à cette autre thèse que résumait bien un homme attaché à la chaise du dentiste et dont la main serrait les organes génitaux du dentiste tandis qu'il disait avec un sourire forcé : nous n’allons pas nous faire mal n’est-ce pas ?...



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