Le 11 septembre 1919, la Grande-Bretagne met hors-la-loi l’Assemblée irlandaise

Publié le par FPL

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Petit topo historique qui résume le contexte de cet événement crucial de l’histoire de l’Irlande et du républicanisme. Les républicains d’aujourd’hui se revendiquent du soulèvement de 1916 et aussi de l’Assemblée de 1919 et rejettent donc les deux Etats du Nord et du Sud issus de la « partition ». Pour écrire ce texte, nous avons tiré parti d’une brochure de 1971 éditée en français par Provisional Sinn Féin, intitulée « Irlande : les faits ».


 

Il y a deux traditions politiques à ne pas confondre : les nationalistes et les républicains. Les nationalistes ou nationalistes constitutionnels cherchent l’autonomie (« home rule ») à l’intérieur de la domination britannique. Aujourd’hui ses têtes de file sont Gerry Adams, Martin McGuinness et les partis au pouvoir dans les 26 comtés.


Leur ancêtre, c’est John Redmond, chef du parti parlementaire irlandais, qui avait au début de la Iè guerre mondiale encouragé l’enrôlement de soldats volontaires dans les rangs de l’armée britannique pour combatte l’Allemagne (en effet en 1914, il n’y avait pas de conscription dans la colonie irlandaise). Il espérait qu’en échange, les Britanniques accorderaient un statut d’autonomie à l’Irlande. Fort logiquement, quand les républicains mènent l’insurrection à Dublin, Redmond est contre. Le nationalisme constitutionnel est une forme de politique bourgeoise-compradore, réactionnaire.


Les républicains sont ceux qui organisent le soulèvement de Pâques 1916, pour l’indépendance et contre la guerre. Ils viennent de la fusion de deux mouvements armés : l’Irish Revolutionnary Brotherhood, aussi nommée mouvement Fenian, représenté en 1916 par Thomas Clarke, et l’Irish Citizen Army, mouvement prolétarien dirigé par le marxiste-syndicaliste James Connolly. En plus, il y a le mouvement culturel gaélique de renaissance nationale, anti-colonial, représenté par Padraig Pearse, chef de l’insurrection. Le républicanisme est un mouvement politique démocratique-populaire, un mouvement de libération nationale brassant 3 classes : la bourgeoisie nationale, la petite-bourgeoisie et la classe ouvrière.


Les 6 jours qui suivirent Pâques virent des combats acharnés entre forces républicaines et troupes d’occupation, pendant lesquelles les Britanniques subirent de lourdes pertes. Mais les insurgés furent irrémédiablement surpassés en nombre et obligés de capituler sans conditions. 16 des chefs de l’insurrection, dont Pearse et Connolly, furent passés en conseil de guerre et exécutés. Des centaines d’insurgés furent emprisonnés et des milliers d’autres déportés dans des camps en Grande-Bretagne. Les exécutions provoquèrent une vague d’indignation dans toute l’Irlande et à l’étranger.


Le parti Sinn Féin (« notre chose à nous » en gaélique) fondé en 1905 recueillit les fruits politiques de cette insurrection et continua la lutte pour l’indépendance. En décembre 1918, il y eut des élections dans toute l’Irlande, colonie britannique, pour envoyer des députés à Londres. Sinn Féin mena campagne pour l’indépendance et défendit l’héritage de l’insurrection de Dublin. Il présenta des candidats qui refusaient de siéger à Westminster. Sinn Féin gagna haut la main les élection, avec 73 députés sur 105. Le parti parlementaire fut relégué dans l’ombre. Les députés Sinn Féin refusèrent de siéger à Londres et convoquèrent l’Assemblée à Dublin.


Ainsi, le 21 janvier 1919 naquit le premier Dáil Éireann (« Assemblée d’Irlande »), dont les membres avaient été élus dans toute l’Irlande en décembre. L’assemblée ratifia la Proclamation de la République d’Irlande de Pâques 1916, proclama l’indépendance unilatérale de l’Irlande et adopta un programme démocratique où fut affirmée la volonté de « gouverner l’Irlande en conformément aux principes de liberté, d’égalité et de justice pour tous ». Un cabinet ministériel fut formé, des tribunaux établis, et l’IRA fut subordonnée au ministère de la défense.


Fait important et méconnu : le nouveau pouvoir est le premier Etat à reconnaître la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (qui devient l’URSS en 1922), la reconnaissance est réciproque. Le nouveau pouvoir bolchevik, se battant pour sa survie contre les Blancs et la coalition impérialiste armée contre lui, parvient à envoyer de l’argent et du matériel pour soutenir la République d’Irlande.

La réplique britannique fut claire : le 11 septembre 1919, une proclamation militaire britannique déclare le Dáil Éireann « association dangereuse » et met hors la loi le nouveau pouvoir.


Le gouvernement révolutionnaire irlandais fut donc forcé de passer à la clandestinité, mais continuait son action, en liaison avec les Irish Volunteers, désormais Irish Republican Army, qui menait la guérilla.


Pendant ce temps, bien sûr, les troupes britanniques affluaient en Irlande, provoquant un refus encore plus profond dans le peuple. 43.000 soldats arrivèrent pendant l’année 1919. Arthur Griffith expliquait en juillet 1920 que pendant l’année qui suivit l’instauration de l’Assemblée, les forces armées britanniques avait mené 38.720 raids armés contre des habitations privées, avaient arrêté 4.982 personnes et s’étaient rendues responsables de 77 meurtres, ainsi que de 102 tirs et incendies aveugles. Les militaires britanniques ont de même supprimé 22 titres de journaux qui avaient présenté l’Assemblée sous un jour favorable.


A la guérilla de l’IRA, les impérialistes anglais répondirent par la terreur militaire. C’est la guerre d’indépendance, qui opposa la République et son armée l’IRA aux forces armées colonialistes britanniques. Elle dura de 1919 à 1921. On l’appelle aussi « Tan War » du nom des « Black and Tans », forces militaires (de type escadron de la mort) particulièrement haïes. Aux élections municipales de 1920, Sinn Féin gagna 80% des sièges.


La réponse de l’Angleterre à la révolution irlandaise fut la Loi sur le Gouvernement de l’Irlande, votée en décembre 1920, qui établit en Irlande deux parlements subordonnés à Westminster : un pour les 6 comtés du Nord-Est, un autre pour les 26 comtés. Ce découpage est appelé en anglais « partition », il prévoit un régime de « dominion » pour le sud, et un régime spécial pour le Nord-Est, avec 80% des

pouvoirs réservés à Westminster.


Les impérialistes anglais qui ne comptaient pas se retirer gardent donc fermement un pied sur l’île en conservant un bastion au Nord-Est, 6 comtés sur les 9 comtés de l’Ulster historique, 6 comtés beaucoup plus industrialisé que le reste de l’Irlande. En outre l’Empire britannique maintient les privilèges de la majorité protestante. Il applique ainsi à l’Irlande la politique éprouvée de diviser pour régner.


Le projet fut présenté aux unionistes, c’est-à-dire à la minorité issue des anciens colons établis dans le Nord-Est du pays, formant un cinquième de la population de l’Irlande et qui désirent l’union avec l’Angleterre. Or, les représentants politiques des unionistes n’étaient pas ceux qui souhaitaient le découpage du pays. M. Carson, chef du Parti Unioniste, déclara : « Je sais que l’Ulster ne veut pas ce Parlement. » Mais lorsque le parlement et le gouvernement des 6 comtés fut établi à Stormont près de Belfast, les unionistes acceptèrent le découpage.


Ce projet de découpage de l’Irlande fut aussi présenté aux délégués de Dáil Éireann à Londres en décembre 1921, et ce fut sous la menace d’une « guerre immédiate et terrible » que le premier ministre britannique, Lloyd George, put faire signer le Traité de division du pays. L’Etat des 6 comtés fut imposé par la force des armes britanniques, et l’Etat des 26 comtés finit par s’imposer au terme d’une contre-révolution qui prit la forme d’une guerre civile entre les forces de l’Etat Libre des 26 comtés (« Free State ») et les républicains.

 

source: liberation irlande

Publié dans Peuples en Lutte

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