Le Parlement européen vole au secours des langues minoritaires

Publié le par FPL

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Parlementaires et universitaires sont d'accord pour définir une stratégie commune qui transcende frontières et idéologies dans le but de faire admettre le multilinguisme comme un droit démocratique intangible des citoyens européens.

 

 

 

Dans l'amphithéâtre Petra-Kelly, du nom de l'activiste de la paix fondatrice du parti des Verts allemands, des députés européens n'hésitent pas à qualifier la journée d'historique. Pour la toute première fois au Parlement européen à Bruxelles, derrière les cabines en verre fumé, des interprètes traduiront aussi le catalan et le gallois, deux langues qui ne sont pas officiellement reconnues par l'Union européenne. Cette première confirmait le succès, politique et médiatique, du séminaire intitulé « Diversité linguistique : un défi pour l'Europe » organisé par le groupe ALE (1) qui réclame un statut de langue officielle pour le catalan, le basque, le galicien, le gallois, le gaélique écossais, et des « mesures fortes » pour soutenir les langues en péril, le corse, le breton, l'écossais et l'occitan en priorité.

 

Des obstacles politiques à la diversité culturelle


La conférence est très riche en enseignements dans ses trois parties : 1. Les langues sans état pratiquées par des millions de locuteurs pour lesquelles on réclame le statut officiel au sein du Parlement européen. Le cas le plus emblématique est celui de la Catalogne. 2. Les langues peu répandues au baromètre démographique et en voie de disparition bien qu'elles appartiennent au patrimoine historique et culturel de l'Europe. Le corse en fait partie, bien sûr. 3. Les langues à l'inverse très répandues, mais qui sont réprimées par le pouvoir : l'allemand en Tchéquie et en Pologne ou encore le russe dans les Pays Baltes depuis leur indépendance.

Parlementaires et universitaires sont d'accord pour définir une stratégie commune qui transcende frontières et idéologies dans le but de faire admettre le multilinguisme comme un droit démocratique intangible des citoyens européens.

S'exprimant en catalan, l'expert Paul Solanilla le justifie par le fait que la diversité culturelle n'est pas un corps étranger à l'Europe mais, au contraire, une composante de son ADN, tout en admettant l'existence de vents contraires : « Qu'elle serve de combat identitaire lié parfois à la volonté de sécession au sein des états dresse des obstacles politiques ». Son compatriote Kolja Bienert déplore que la législation européenne soit traduite en catalan mais qu'à l'inverse la langue catalane n'ait pas de statut juridique au sein de l'Union. « Il faut avoir la même approche que pour l'environnement, et reconnaître que les langues régionales appartiennent à la biodiversité humaine ».

 

La France des langues un "paradis préhistorique"


Seize des vingt-sept états membres ont ratifié la Charte européenne des langues minoritaires. La France l'a signée, mais ne la ratifie pas pour son anticonstitutionnalité supposée, bien que la révision de 2008 consacre les langues régionales dans la Constitution. Un article seulement « ornemental » pour le porte-parole des Occitans, David Grosclaude, très caustique : « Bienvenue au paradis linguistique de la République française, le pays des 75 langues qui n'existent pas, le pays des 50 propositions de loi dont aucune, en 60 ans, n'a été inscrite à l'agenda de l'Assemblée nationale. Ce paradis-là est un paradis préhistorique ».

C'est Alain Di Meglio, chercheur en linguistique à l'université Pasquale-Paoli, qui annonce la mort lente et inéluctable de la langue corse, face à un français glottophage. « L'école pourrait inverser le processus d'érosion mais toutes les avancées, réelles dans le domaine de l'éducation, sont très insuffisantes. Le bilinguisme n'est pas organisé alors que la force de la langue corse, c 'est de rencontrer une volonté populaire affirmée. La Corse est prête à avoir enfin un statut d'officialité ». Un étudiant de Ghjuventu paolina revendique ce statut, « car les mesures n'enrayent pas la diminution de la pratique au sein de la société corse, surtout chez les jeunes ».

D'ici la fin de la mandature, tous espèrent que les institutions européennes adopteront des dispositions contraignantes pour les états les plus récalcitrants. Il n'y a qu'une seule langue qui peut être jetée aux oubliettes : la langue de bois.

 

jean-marc raffaelli (corse matin)

 

(1) L'Alliance libre européenne est composée de sept députés de Catalogne, Corse (François Alfonsi), Pays de Galles, écosse, Flandres, Russes de Lettonie.

Publié dans Peuples en Lutte

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