Les nationalistes du CiU (centre droit) remportent les élections catalane

Publié le par FPL

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1) Convergència i Unió (CiU) = 1 198 010 voix / 38,47 % / 62 sièges (+ 14)
2) Partit dels Socialistes de Catalunya (PSC) = 570 361 voix / 18,32 % / 28 sièges (- 9)
3) Partit Popular (PP) = 384 019 voix / 12,33 % / 18 sièges (+ 4)
4) Iniciativa per Catalunya Verds - Esquerra Unida i Alternativa (ICV-EUiA) = 229 985 voix / 7,39 % / 10 sièges (- 2)
5) Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) = 218 046 voix / 7,00 % / 10 sièges (- 11)
6) Ciudadanos-Partido de la Ciudadanía (C's) = 105 827 voix / 3,40 % / 3 sièges
7) Solidaritat Catalana per la Independència (SI) = 102 197 voix / 3,28 % / 4 sièges (+ 4)

 

 

BARCELONE, lundi 29 novembre 2010 (LatinReporters.com) - Quel coup de balai ! D'une ampleur rare en démocratie, il a emporté le 28 novembre le tiers de l'électorat et des députés de la tripartite de gauche qui gouvernait, sous la houlette des socialistes, la Catalogne depuis 2003. L'élection des 135 députés du Parlement catalan a rendu pour quatre ans le pouvoir aux nationalistes de centre droit. La droite espagnoliste progresse aussi. L'agonie de l'ère Zapatero semble ouverte en Espagne.

A l'approche des élections régionales et municipales de mai 2011, suivies des législatives de mars 2012, le scrutin catalan est analysé sous l'optique nationale. Les 5,3 millions d'électeurs catalans étaient les premiers appelés aux urnes depuis l'entrée de l'Espagne dans l'austérité. Le gel des pensions de retraite, la réduction du salaire des fonctionnaires, la diminution des indemnités de licenciement, l'intention de reculer de 65 à 67 ans le départ à la retraite et la persistance de 4,6 millions de chômeurs (20% de la population active) ont fait du gouvernement socialiste espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero l'un des plus impopulaires de la démocratie postfranquiste. Les sondages l'affirment. Les élections catalanes, dans lesquelles M. Zapatero s'était investi physiquement, le démontrent et la participation accrue, 59,95% contre 56,04% en 2004, crédibilise le diagnostic.

L'effet Zapatero a asséché toutes les gauches en Catalogne. Le Parti socialiste catalan (PSC) recule de 37 à 28 députés. Son score de 18,32% est historique. Il est en effet le plus bas obtenu par le PSC au cours des 9 élections au Parlement catalan convoquées depuis 30 ans, à partir de 1980. L'affaissement des socialistes s'accompagne de celui de leurs alliés républicains indépendantistes d'ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) et écolos-communistes d'ICV (Iniciativa per Catalunya Verds). Cette tripartite de gauche perd sa majorité absolue et le pouvoir. Elle chute lourdement de 50,37% à 32,71% des voix et de 70 à 48 élus.

Candidat malheureux à sa propre succession, le président catalan sortant, le socialiste José Montilla, a annoncé qu'il ne briguerait même plus le secrétariat général du PSC lors de son prochain congrès.

Son adversaire et vainqueur, l'économiste Artur Mas, ramène le nationalisme de centre droit de CiU (Convergencia i Unio) au pouvoir régional qu'il avait déjà assumé pendant près d'un quart de siècle, de 1980 à 2003. En bondissant de 48 à 62 députés et de 31,52% à 38,47% des suffrages, CiU, fédération de libéraux et de démocrates-chrétiens catalans, reste à six élus sous la majorité absolue. Les analystes croient toutefois qu'Artur Mas pourra gouverner la Catalogne sans nécessité de coalition, cherchant l'appoint au coup par coup.

Outre le résultat des socialistes, le plus attendu était celui de leurs adversaires au niveau national, les conservateurs du PP (Parti Populaire). Largement en tête depuis plus d'un an dans tous les sondages couvrant l'Espagne entière, le PP, souvent qualifié d'espagnoliste pour son attachement à l'unité du pays, est en terre hostile en Catalogne. D'autant que son recours contre de multiples articles du Statut catalan d'autonomie régionale porta le Tribunal constitutionnel à mutiler en juin dernier des dispositions emblématiques de cette autonomie, réduisant notamment la portée du concept de nation catalane et les prérogatives judiciaires, fiscales et linguistiques régionales. Conduit par Alicia Sanchez-Camacho, le PP catalan n'en obtient pas moins les meilleurs résultats de son histoire, progressant de 14 à 18 députés et de 10,65% à 12,33% des voix.

Tous les observateurs y voient un autre signe annonciateur de prochaines défaites du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de M. Zapatero face au PP que préside Mariano Rajoy. Ce grand parti conservateur, qui gouverna l'Espagne de 1996 à 2004, est crédité dans les sondages nationaux d'un taux de préférence se rapprochant de 45%, avec une avance de 8 à 14 points sur les socialistes. Tant Alicia Sanchez-Camacho que la secrétaire générale du PP national, Maria Dolores de Cospedal, ont proclamé dimanche, au soir du scrutin catalan, "le début du changement" en Espagne.

Axe souverainiste, mais aussi axe de centre droit

L'ex-président du FC Barcelona, l'avocat Joan Laporta, sous la gestion duquel le grand club catalan devint lors de la saison 2008-2009 la référence du football mondial, a créé une surprise de taille. Pour sa première présentation aux électeurs, son parti Solidaritat Catalana per la Independència (SI) décroche 4 députés, dont Laporta lui-même. Le point essentiel de son programme électoral était la déclaration unilatérale de l'indépendance de la Catalogne par le Parlement catalan, sans besoin du référendum que prônent les indépendantistes républicains d'ERC.

Les vainqueurs du scrutin, les nationalistes de centre droit de CiU, ne mangent pas encore de ce pain-là. Leur leader et prochain président de la Catalogne, Artur Mas, s'est présenté au soir de la victoire comme "le serviteur, mais non le sauveur de la Catalogne". Comme au cours des deux dernières décennies du siècle dernier, CiU devrait, ainsi que le disait son fondateur Jordi Pujol, "faire du pays" comme on fait du pain, arrachant progressivement à Madrid des tranches d'autonomie.

Mais nul ne doute de l'ambition souverainiste à long terme de CiU. Le rabotage de l'autonomie catalane, en juin par le Tribunal constitutionnel, avait poussé Artur Mas à affirmer que "la Catalogne devra maintenant changer de voie et miser sur la possibilité de décider de son propre futur". Le leader nationaliste ajoutait même qu'il voterait oui lors d'un éventuel référendum sur l'indépendance, mais en précisant aussitôt qu'un tel référendum n'est pas d'actualité.

De l'addition théorique des forces nationalistes et indépendantistes catalanes, CiU + ERC + SI, résulterait une majorité absolue de 76 députés sur 135. Mais cette addition ne totalise "que" 48,75% des suffrages, soit moins que la majorité absolue des voix individuelles nécessaire au triomphe référendaire d'un oui à l'indépendance.

Il n'empêche qu'un axe souverainiste remplace désormais l'axe de gauche qui domina la Catalogne au cours des sept dernières années. Mais tant qu'à parler d'axe, le quotidien madrilène El Mundo croit que celui de centre droit a triomphé aussi en Catalogne. De la somme, toujours très théorique, des nationalistes de CiU et des conservateurs du PP (qui prétendent se situer au centre droit) se dégage en effet une double majorité absolue, en sièges et en voix.

 

 

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