Québec vers l'independance?

Publié le par FPL

http://www.lepoint.fr/images/2012/09/06/was-671796-jpg_461377.JPG

Vainqueurs des législatives, les indépendantistes québécois s'activent pour que la province devienne un pays.

"Les Anglais se réveillent !" hurle dans un mauvais français Richard Henry Blain, propriétaire anglophone d'un magasin de chasse dans le nord de Québec. "On va vous rendre la monnaie de la pièce." Vêtu d'une fine cagoule noire et armé d'un long fusil, l'homme de 62 ans vient de tirer sur la foule venue célébrer dans la salle du Métropolis de Montréal la victoire des indépendantistes du Parti québécois (PQ) aux législatives anticipées. Le bilan est lourd : un mort et un blessé grave. La fête censée couronner Pauline Marois, première femme Premier ministre de l'histoire du Québec, tourne à l'horreur.

"On peut parler d'un attentat, et c'est d'autant plus surprenant que le Québec a connu très peu d'actes de violence dans son histoire politique", souligne au Point.fr Louis Massicotte, professeur en sciences politiques à l'université Laval, au Québec. Comment expliquer ce geste ? Au lendemain de l'incident, la future chef du gouvernement évoque l'acte "isolé" d'une personne qui a "probablement un problème". Pourtant, les propos du meurtrier présumé prennent tout leur sens lorsqu'on apprend que, juste avant les coups de feu, la nouvelle élue souverainiste lançait à la foule : "L'avenir du Québec, c'est de devenir un pays souverain."

"Agression contre la communauté anglophone" (Louis Massicotte, politologue)

La Québécoise n'a ainsi jamais caché son souhait de voir "La Belle Province" devenir un pays à part entière. En témoigne la fleur de lys brochée sur le revers de sa veste lors de chacune de ses apparitions publiques. "La politique de Madame Marois a certainement été ressentie comme une agression par la communauté anglophone du Québec, qui forme de 15 à 18 % de la population (7,8 millions d'habitants, NDLR)", note le politologue.

La question de l'indépendance du Québec est pourtant restée largement en retrait de la campagne électorale, où la sociale-démocrate a privilégié des thèmes bien plus fédérateurs, tels l'économie, l'emploi, la santé ou la lutte contre la corruption. Pauline Marois ne s'est pas privée non plus de surfer sur la vague de contestation étudiante du printemps dernier, née de l'augmentation des frais de scolarité pour la rentrée 2012. Cette crise sans précédent a sans doute scellé le sort du Premier ministre sortant, Jean Charest, au pouvoir depuis 2003.

Établissements anglophones interdits

Pourtant, sa formation n'enregistrait mardi soir qu'un petit pour cent de retard sur le Parti québécois, arrivé en tête avec 32 % des voix. Une victoire en demi-teinte, qui empêche les indépendantistes d'obtenir la majorité au Parlement. Contrainte de partager le futur exécutif avec ses adversaires politiques, Pauline Marois verra à coup sûr sa marge de manoeuvre considérablement réduite. "Dans cette situation, la nouvelle Premier ministre devrait concentrer ses efforts sur les politiques qui touchent les problèmes concrets des Québécois, et mettre de côté sa "gouvernance souverainiste", affirme l'éditorialiste André Pratte, du quotidien canadien La Presse.

Pourtant, la "Dame de béton", comme on la surnomme, a déjà promis plusieurs mesures-chocs. La souverainiste a assuré, en dépit des critiques, qu'elle durcirait la loi 101, censée assurer la prédominance du français sur l'anglais dans la province. Pauline Marois propose d'interdire aux francophones et aux immigrants l'accès aux cégeps de langue anglaise (collèges pré-universitaires). Ainsi, les adolescents de 16 à 18 ans devraient être redirigés vers des établissements francophones, bien moins cotés.

Objectif : indépendance

Autre réforme polémique, accorder, en parallèle de la nationalité canadienne, une citoyenneté québécoise aux seules personnes maîtrisant le français. Seraient donc exclus de facto des milliers d'anglophones habitant la province. Mais la mesure la plus controversée reste sans doute le projet de laïcité censé bannir tous les signes religieux des espaces publics..., excepté le crucifix situé dans le Parlement. "Si elles ne changeront pas la vie des francophones, ces différentes mesures pourraient être ressenties par les anglophones et les immigrants comme autant de menaces", souligne Louis Massicotte.

Elles ne devraient pourtant jamais voir le jour. Dans chacun des cas, les propositions, qui doivent d'abord être acceptées par le futur gouvernement, se heurteront de toute manière au refus du Parlement fédéral d'Ottawa, seul organe apte à légiférer sur ces questions. Dans ce cas, pourquoi un tel battage médiatique autour de projets mort-nés ? "La stratégie est de multiplier les gestes de rupture avec le cadre constitutionnel canadien afin de pousser la confrontation entre les deux sociétés", estime Louis Massicotte. "Les indépendantistes espèrent que le rejet des mesures par Ottawa créera chez les Québécois un sentiment d'oppression, et fera progresser d'autant plus la cause souverainiste."

En ligne de mire, un troisième vote sur l'indépendance du Québec. Mais la route est encore longue : après avoir atteint 49 % en 1995, le "oui" stagnerait aujourd'hui entre 28 % et 36 %, selon les derniers sondages. Et Pauline Marois l'a rappelé, elle n'organisera pas de troisième référendum avant d'être sûre de l'emporter.

 


Par sur Lepoint.fr

Publié dans Peuples en Lutte

Commenter cet article