Torture en Espagne: Nouveau témoignage d'une militante basque

Publié le par FPL

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Témoignage de torture par Beatriz Etxebarria
17 Mars 2011

Ekaitza n°1241 du 17/03/2011

Témoignage de Beatriz Etxebarria torturée après sont arrestation le 01/03/2011 (traduction du Castillan : Ekaitza)

Arrestation et perquisition

Vers 4 heures du matin, le 1° mars 2011, la porte de chez moi est enfoncée. On m'empoigne par les cheveux et je suis soulevée du sol et emmenée au salon. Je suis en soutien-gorge et je n'ai pas le droit de m'habiller pendant la durée de la perquisition.

Une fois dans le salon, ils m'immobilisent violemment et ils essaient de me passer les menottes sur le canapé. Ils se mettent en colère parce qu'elles sont trop petites. Pendant que je suis assise sur le canapé, ils me disent : « tu va voir, les 5 jours que tu va passer ».

Lors de la perquisition, il y avait beaucoup de gardes civils. A un moment de la perquisidon, l'un d'eux me dit qu'ils avaient trouvé des insignes de la garde civile. C'étaient les siennes.

J'ai eu un peu mal au cœur pendant la perquisidon du débarras. Pendant la perquisidon, ils m'empoignent très fort par le bras, ils me laissent des marques. Ils me mettent des menottes en corde et au fur et à mesure qu'avance la perquisition, ils me les serrent de plus en plus.

En sortant dans la rue, ils me menacent : je ne dois ni regarder mon compagnon ni lui parler.

Je suis emmenée jusqu'à ma voiture et on m'interdit de regarder la perquisidon.

On m'emmène devant le médecin légiste de Bilbo : il m'examine bien, j'ai des marques des menottes aux poignets, j'avais les veines gonflées, et quelque écorchure. Les bras rouges, à cause de la façon dont je suis maintenue, et engourdis.

Voyage

On me fait monter dans un Patrol. Ils m'obligeaient à fermer les yeux et me les couvraient eux-mêmes de la main. Je les entends parler de rejoindre une autre voi¬ture. Ils s'arrêtent. Un garde civil qui se fai¬sait appeler « le commissaire », vient me chercher à la voiture et nous changeons de voiture. Celle de maintenant n'est pas un Patrol, c'est un véhicule normal d'après l'es¬pace et la hauteur quand j'y entre. Aussitôt dans l'autre voiture, « le commissaire » com-mence à me crier à l'oreille et à me mena¬cer : « je suis militaire et je suis entraîné à tuer » Il me dit que j'ai deux options : par¬ler dès le début, ou pas. Je remarque com¬ment ils sortent un sac en plastique et me le mettent sur les mains.

Au cours du voyage à Madrid, ils me don¬nent des coups sur la nuque et sur la tête, et me font des menaces constantes. Ils me disent que la voiture va s'arrêter et que « je vais te mettre à poil, je te jette dans la neige et je vais t'ouvrir en deux ». « Le commissaire » enlève sa veste et commence à se frotter contre mon corps. L'autre policier qui était à côté de lui « calme » le commissaire mais en même temps me menace. Ils me mettent le sac en plastique deux fois sur la tête sur la route de Madrid. Durant le voyage, les menaces et les cris à l'oreille sont inces¬sants avec l'allusion à ce que j'allais endurer à mon arrivée à Madrid.

Commissariat

Au commissariat, il y avait différentes pièces : dans l'une d'elles, j'en¬tendais les cris du reste des détenus, et il y en avait une autre située en bas qui me donnait la sensation d'être isolée et là-bas, le traite¬ment était encore plus dur. J'appellerai la première la « pièce dure » et la seconde la « très dure ».

Les menaces continuent et « le commissaire » me met dans une cellule et me dit de bien penser à ce que je vais faire. On me sort de la cellule et on me conduit devant le médecin légiste. Il est à peu près 20h30, c'est mardi. Je lui raconte qu'on est en train de me torturer. On me ramène à la cellule.

On m'emmène à la « pièce dure ». Là-bas j'entendais les cris des autres détenu(e)s. On me fait asseoir sur une chaise et on me mouille les mains, tandis que j'entends des bruits de quelque chose qui rap¬pelle des électrodes. Il faut que je dise que quand j'étais dans la cel¬lule, j'entendais également ces mêmes bruits. On me dit que je dois parler et on commence à me déshabiller jusqu'à me mettre totale¬ment nue. Quand je suis nue, on me jette de l'eau froide dessus. Ils me replacent le sac en plastique jusqu'à 3 fois de suite. Ils me mena¬cent de me faire [le supplice de] la baignoire. Alors que je suis nue, ils me placent à quatre pattes sur une espèce de tabouret. Ils me pas¬sent de la vaseline sur l'anus et le vagin et ils m'y font un peu entrer un objet. Alors que je suis toujours nue, ils m'enveloppent dans une couverture et me donnent des coups. Ils m'attrapent, me secouent et me relèvent du sol.

Ils me ramènent à la cellule jusqu'au matin du mercredi, où je retourne voir le médecin légiste. Je raconte au médecin quelque chose concernant le traitement auquel j'étais soumise et l'attitude du médecin a été mauvaise.

Je retourne à la cellule et là, j'essaie de prendre un peu de « repos ». Un moment après, arrive le commissaire, il me sort de la cellule et me conduit à la salle « très dure ». Là, le commissaire me déshabille de nouveau. Il me tire les cheveux, me donne des coups à la tête et me crie à l'oreille qu'il est militaire et qu'il est entraîné à tuer et que « je vais te crever tout entière par-dedans pour que tu ne puisses pas avoir de petits etarras ».

On me ramène à la cellule, et ensuite, au médecin légiste (3° visite). Je ne lui raconte rien, vu son attitude lors de la précédente rencontre où il mettait en doute le récit des tortures que je lui avais fait.

Lors des interrogatoires, il y avait toujours beaucoup de monde, une fois j'ai compté jusqu'à 7 voix différentes. On me menace constamment à propos de mon compagnon (j'entends comment on le torture). En plus, ils me menacent d'arrêter mon frère. Ils me disent aussi que si je ne venais pas à collaborer, non seulement ils allaient arrêter mes parents, mais qu'en plus ils allaient ramener ma grand-mère « en culotte et qu'ils allaient la baiser ».

L'avant-dernier jour : « Le commis¬saire » me déshabille une nouvelle fois. Ils jettent une couverture par terre. Le com¬missaire crie et ils me disent qu'ils vont me violer une nouvelle fois. J'ai l'impres¬sion que lui, il commence à se déshabil-ler, je l'entends s'enlever la ceinture. Ensuite, celui qu'ils appelaient Garmendia essaie de calmer le commissaire, le fait sortir de la pièce où il se trouvait et je les entends parler. Garmendia revient dans la pièce et me dit de lui promettre que je vais faire la déclaradon.

Le dernier jour, j'ai eu jusqu'à six inter¬rogatoires. La seconde déclaration devant la police, je la fais le samedi à 5 h 40. Après la seconde déclaration devant la police, on ne me déshabille plus. Après les déclaradons, l'agressivité était moindre, ils en sont même arrivés à me demander si je voulais voir Inigo.

Les menaces n'ont pas cessé jusqu'à l'arrivée à l'Audience nationale, même dans le fourgon dans lequel ils m'ont emmenée jusqu'au tri¬bunal, le commissaire, qui était assis à côté de moi, m'a dit que je devais confirmer devant le juge la déclaration.

Durant toute la période de mise au secret, sauf quand j'allais voir le médecin légiste, j'ai eu les yeux couverts par différents masques. Il y en avait un en latex avec une espèce de poudre, pour lequel ils me disaient que si j'ouvrais les yeux, il allait me laisser aveugle. Moi, je remarquais que quand ils me l'enlevaient, j'avais les yeux qui piquaient pendant un moment. Quand j'étais avec le commissaire, ils me met¬taient un autre masque qui semblait être de velours.

Durant la mise au secret, j'ai été surtout avec trois policiers, alors que durant les interrogatoires, il y avait toujours beaucoup de monde dans la pièce. D'un côté, ceux qui se faisaient appeler « le commis¬saire » et « l'inspecteur ». Ils se livraient à une sorte de compétition entre eux, pour voir lequel des deux me faisait sortir le plus d'information. D'un autre côté, « Garmendia » qui était moins sauvage pour le traitement mais qui, lui aussi, me menaçait et faisait pression sur moi pour que je déclare ce qu'ils me disaient.

Lors d'un des interrogatoires, le commissaire m'a demandé quel est le corps de police qui torture le mieux (la garde civile, la police espa¬gnole ou la ertzaintza). Constamment, il répétait qu'il était militaire et qu'il était entraîné pour tuer.

Devant le juge, je n'ai pas confirmé la déclaration que j'avais faite devant la police et j'ai dénoncé les tortures que j'avais subies.

Publié dans Euskal Herria

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