Un apport au débat politique et idéologique : Démocratie et socialisme pour Euskal Herria

Publié le par FPL

Herri Demokrazia
Décembre 2009
Traduction FPL


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Le Comité d'Édition de Herri Demokrazia reproduit le travail suivant du communiste basque Santi Ramírez. Même sans être complètement d'accord avec son contenu nous le mettons à la disposition de nos lecteurs car nous considérons qu'il contient des analyses précieuses et d'une indubitable utilité pour faire avancer la lutte de Libération Nationale et pour le Socialisme d'Euskal Herria.


1.- Le contexte.


Dans l'État espagnol affleurent toutes les contradictions. Les deux derniers mois ont été spécialement agités. Dans le Sud d'Euskal Herria la répression s’est accentué contre le secteur majoritaire de la gauche abertzale (patriote), et de nombreuses arrestations se sont produites, même quand celle-ci avait initié un processus de réflexion et de débat qui pourrait la mener à donner un important virage stratégique. En même temps, la mobilisation populaire croît contre la répression et en demande d'une plus grande démocratie. En un peu plus d'un mois ont eu lieu deux imposantes manifestations, l'une à Donostia (17-10-2009) et l'autre à Bilbo (28-11-2009), et un nombre croissant de voix s’élèvent demandant “l'unité d'action abertzale”.

Comme si ça ne suffisait pas, le peuple catalan serre les rangs devant la plus que prévisible sentence du Tribunal Constitutionnel qui pourrait réduire considérablement l'Estatut, après que cela ait été approuvé par le Parlement autonome et par l'espagnol (où il a déjà souffert de nombreuses réductions) et, par la suite, approuvé majoritairement dans les urnes.

Tout cela a lieu dans le contexte d'une profonde crise économique qui a mis en évidence la faiblesse structurelle du capitalisme espagnol, dont le caractère parasitaire et spéculatif a été amplement démontré après avoir mis sur pied une économie aussi faible (basée principalement sur la construction et la spéculation immobilière, ainsi que sur le tourisme), avec un taux de chômage qui est le double de celui existant dans la “zone euro" et qui sera difficilement récupéré, malgré les injections multimillionnaires accordées par l'État espagnol au secteur financier.

Un État qui, devant la faiblesse notoire de la classe dominante et sa perte croissante d'influence internationale, autant dans l'UE que dans le reste de monde, n’hésite pas à impulser un processus d'involution démocratique et de centralisation politique sur le plan intérieur, tandis qu'il renforce ses traits militaristes et s'embarque dans des aventures belliqueuses dans d'autres pays, en essayant peut-être de se féliciter ainsi avec ses maîtres les impérialistes yankees.

Dans ce contexte, encore une fois, il apparaît clairement que le dénommé “problème basque” constitue le talon d'Achille, le point le plus vulnérable ou, pour le dire autrement, le chaînon le plus faible, du capital financier espagnol et de son État. La situation sociale et politique existante dans le Sud d'Euskal Herria renferme une énorme potentialité révolutionnaire, autant si nous la considérons en relation avec l'État espagnol que si nous le faisons avec l'ensemble de l'Europe occidentale, dans laquelle nous nous trouvons. La classe dominante espagnole le sait, et la bureaucratie de l'UE est aussi consciente de cela, construite sur la base des intérêts communs du capital financier des différents pays.

Et c’est précisément dans ce contexte de crise sociale, économique et politique, que se situe l'arrestation, le 13 Octobre dernier, de dix membres éminents de la gauche abertzale, parmi lesquels se trouvaient Arnaldo Otegi et Rafa Diez, sous le prétexte que, suivant des instructions d'ETA, ils essaieraient de réorganiser le Bureau National de l'illégalisé Batasuna, qui répond à une tentative de l'État espagnol de faire avorter le débat interne dans ladite formation, devant la crainte que son développement puisse favoriser un important virage politique qui lui permette de récupérer l'initiative et de se constituer en le principal pôle de référence pour la création d'un large bloc abertzale.

En Octobre 2009, ladite formation a soumis à sa militance un Document pour le débat, intitulé “Clarification de la phase politique et de la stratégie”. Ce document a déjà été l’objet de commentaires dans certains journaux et sa version complète, en euskara et castillan, a été publié sur diverses pages web d’Internet. Par conséquent, le document précité est passé au domaine public.


2. - Un débat nécessaire.


Bien qu'il s'agisse d'un débat interne, pour le développement duquel on peut supposer que Batasuna aura établi les canaux et les cadres qu'il a considérés appropriés, il faut aussi dire que l'importance de certaines des questions soulevées dans le document transcende les propres limites organiques de cette formation et touche l'ensemble de la gauche abertzale. Il faut tenir en compte que bien que Batasuna se proclame comme la “gauche abertzale” par excellence, celle-ci constitue un mouvement populaire large et hétérogène dont ladite formation est seulement une partie, bien qu'elle soit la plus importante.

Pour la même raison, j'ose affirmer que le débat s'étendra à des secteurs plus larges que ceux délimités par les propres structures de Batasuna et que, d'autre part, il est très probable qu'il se prolonge dans le temps au-delà de ce que peut durer le débat interne de la formation abertzale.

En fait, ce débat a déjà commencé dans certains forums Internet bien que, il faut aussi le dire, je ne crois pas que ce soit le milieu le plus adéquat parce que certains sujets sont assez complexes pour en débattre sur la toile car celle-ci ne permet pas de les discuter avec la profondeur qu'ils requièrent et la seule chose que cela favorise est qu’on leur donne un traitement banal et simpliste.

Par ailleurs, le syndicat LAB a invité, le 10 Novembre dernier, tous ses affiliés et sympathisants à participer à un large débat "sans limites, ingérence ni aucun type de violence" que va impulser le syndicat durant les mois suivants et appelle les travailleurs à redoubler d’efforts pour le changement politique.

Ce sont certaines des raisons qui m'ont amené à élaborer ce travail, avec l'intention de contribuer, dans la mesure du possible, à ce vaste débat qui est déjà initié, au sein de la société basque. En même temps, je tiens à préciser que je ne nourris pas la moindre intention de m'immiscer ou d'interférer dans celui que réalise Batasuna, qui a un caractère interne et que, précisément pour cela, je crois que nous devons tous respecter.

Pour nous faire une meilleure idée de la nouvelle situation qui s’est créée et qui rend plus impérieux encore que ce débat idéologique et politique ait lieu, nous devons aussi tenir en compte que le 14 Novembre dernier, un groupe d’éminents membres de la gauche abertzale, réuni à Altsasu, a présenté un document intitulé “Un premier pas pour le Processus Démocratique : Principes et volonté de la gauche abertzale”, qui comprenait certains importants aspects politiques. D'autre part, le 21 Novembre, EA a aussi rendu public un document sur “l’unité d'action abertzale” qui a été le résultat d'un débat réalisé dans ledit parti.


3. - Le processus politique.


La lutte pour la libération nationale et la transformation sociale sont deux aspects inséparables d’un même processus. Cela, les uns le qualifient de “changement politique” et d’autres l’appellons Révolution Basque. Le nom n'est pas important, mais le contenu oui.

Dans certains secteurs de la gauche abertzale existe la tendance à séparer les deux aspects du processus et à prioriser le premier sur le second, sans tenir compte de la relation et  de l'interdépendance qui existe entre l'un et l'autre. D’autres, au contraire, ne tiennent pas compte des conditions dans lesquelles se développe le processus même, ni sa complexité, et en conséquence ils pensent que chacun de ses deux aspects va avoir la même évolution. Selon mon opinion, les deux positions sont erronées. Voyons pourquoi.

En premier lieu, nous devons tenir en compte que même si nous étions pleinement indépendants mais avec un État bourgeois, nous n'aurions aucune garantie que tôt ou tard, la classe dominante, celle qui aurait le pouvoir économique et politique en Euskal Herria, ne finisse pas par se subordonner, sous une forme ou une autre, à n'importe quelle des diverses puissances impérialistes, que ce soit les Etats-Unis ou l'Union Européenne. Dans ce cas, nous serions une nation formellement indépendante mais, en fait, nous nous retrouverions à nouveau dans une situation de dépendance à une ou autre puissance impérialiste. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas considérer le processus de libération nationale comme terminé tant qu'Euskal Herria ne dispose pas d’un État socialiste.

En deuxième lieu, l’interrelation d'une série de facteurs (économiques, historiques, sociaux, politiques, culturels, psychologiques, etc.) font qu'Euskal Herria peut être considéré comme une réalité socioéconomique différenciée. C'est-à-dire que, au moins sa partie sud, constitue une formation sociale autonome, avec des traits si accusés qu'ils la distinguent, comme cadre particulier et spécifique, de la formation sociale espagnole, dans laquelle elle s'insère.

Si nous tenons en compte que la nation est un cadre dans lequel se produisent et reproduisent le capital et la force de travail, dans lequel se produisent et reproduisent les forces productives et les relations de production, et que c'est aussi un cadre dans lequel se produisent et reproduisent les classes et la lutte de classes, nous comprenons que l'attitude envers le fait national dépendra, en dernier ressort, du lieu que nous occupons dans le processus de production et, en définitive de la classe sociale à laquelle nous appartenons.

Cela nous permet d'arriver à la conclusion que bien que la bourgeoisie basque et le peuple travailleur puissent avoir certains intérêts communs, d'un point de vue national, cependant ils ne peuvent pas partager le même projet politique, car cela est un reflet des différents intérêts de classe.

D'autre part, il faut aussi tenir en compte que dans le Sud d'Euskal Herria se développent les propres contradictions de toute formation sociale capitaliste et qu’en plus surgissent d'autres nouvelles qui s’entrelacent avec elles, les accentuent et leur confèrent une crudité spéciale, ce qui fait que la réalité sociale basque est configurée comme un cadre autonome de la lutte de classes.

Ces conditions concrètes, surgies comme conséquence du développement inégal du capitalisme, permettent que le Peuple Travailleur Basque, avec la classe ouvrière à la tête, puisse  impulser un projet national propre (différent de celui de la bourgeoisie basque) orienté vers la création d’un État Socialiste Basque.

Tout cela explique l'unicité du processus politique, c'est-à-dire la relation et l'interdépendance de ses deux aspects, le démocratique-national et le socialiste. Mais, cette caractéristique n'implique pas que, nécessairement, le processus ait à avoir une simultanéité, ou ce qui est la même chose que les deux aspects vont se développer de manière synchronisée. Il y a plusieurs facteurs qui nous font parvenir à cette conclusion.

Premièrement. Le développement inégal des différentes formes de conscience sociale. Il est évident que, dans certaine conditions, surtout après la chute du dénommé “socialisme réel” et le désarmement idéologique résultant qu'il a amené, la conscience nationale se développe à un rythme plus rapide que la conscience de classe. Une épreuve évidente de cela est le poids qu’a le nationalisme radical, en comparaison du marxisme révolutionnaire, au sein de la gauche abertzale.

D'autre part, le développement même de la conscience nationale, est aussi très inégal de certains territoires à d’autres d'Euskal Herria. Il est plus élevé en Gipuzkoa et Bizkaia qu’en Araba et Nafarroa ; et en Hegoalde (Pays Basque Sud) qu’en Iparralde (Pays Basque Nord). Et, dans chaque territoire, il est aussi différent de certains eskualde (régions) à d’autres. Malheureusement, la nation basque est toujours un projet inachevé, en construction. Nous sommes plus une réalité historique et culturelle qu'une communauté politique. De plus, Euskal Herria se trouve réellement invertébrée, étant divisé entre deux États, espagnol et français, et séparé en trois cadres politico-administratifs distincts.

Deuxièmement. Le travail homogénéisateur et uniformisateur que réalisent l’UPN depuis le gouvernement de Navarre et le PSOE, depuis son arrivée au gouvernement de Gasteiz, les deux engagés à démanteler et à défaire les petites avancées que, avec de grands efforts, on avait réussi à réaliser dans le processus de construction nationale, de telle manière que notre identité comme peuple reste chaque jour plus estompée et que nous soyons définitivement intégrés dans la "nation" espagnole. Il semble que l'église, comme appareil idéologique, va aussi participer à cet effort uniformisateur. Sinon, à quelle autre raison obéirait la nomination, par le Vatican, de Jose Ignacio Munilla comme évêque pour le diocèse de Gipuzkoa ?

C’est pourquoi, on peut comprendre que dans un processus aussi dilaté et complexe que celui qui se présente à nous, il puisse y avoir des périodes pendant lesquelles le développement de ses deux aspects, le démocratique national et le socialiste, puisse aller de manière “déréglée”. En fait, dans la situation actuelle, il est possible que l'on puisse avancer “plus vite” dans le terrain démocratique-national, et nous ne devons pas perdre cette occasion car, à la longue, ladite avancée pourra se répercuter favorablement sur le développement de l'autre aspect du processus. Dans ce sens, il convient de bien savoir que les deux aspects du processus politique ont une autonomie propre et, autour de chacun d'eux, on peut définir des objectifs spécifiques et établir, dans chaque cas, les engagements et les alliances les plus adéquats.

Devant toute la multiplicité de facteurs que nous devons tenir en compte en abordant le processus politique basque, ne tiennent ni les postures schématiques, ni les ambiguës. Les premières, sont généralement le produit de la rigidité dogmatique et les secondes de l'opportunisme.


4. - Le cadre démocratique.


De la gauche abertzale a été soulevé, en d’innombrables occasions, que la société basque a besoin d'un nouveau cadre démocratique dans lequel se reconnaisse le droit du peuple basque à décider de son avenir c'est-à-dire le Droit d'Autodétermination. Et que dans ce contexte, toutes les options politiques, y compris l'indépendantiste, soient pareillement valables et aient la même opportunité d'être mises en pratique.

Cependant, le contenu politique de ce nouveau "cadre" est généralement limité uniquement à l'aspect national, sans tenir compte que l’approfondissement et l'extension de la démocratie sont des facteurs qui vont aussi indissolublement unis à la lutte pour le socialisme. Il est connu que dans la phase impérialiste du capitalisme, celui-ci entre en contradiction ouverte avec la démocratie, la restreint et tend à la réaction politique. Une preuve de cela est l'involution vers l'autoritarisme que connaissent les systèmes politiques démocratique bourgeois dans tous les pays capitalistes développés, ceux de l'Europe occidentale compris. Par conséquent, il est évident que la lutte pour un nouveau cadre démocratique doit être aussi considérée dans la perspective de la lutte pour le socialisme, dans le sens où elle doit contribuer à la favoriser.

Bien sûr, toutes les forces politiques et sociales qui pourraient participer à la lutte pour un nouveau cadre démocratique, ne seront pas pleinement conscientes de ce que sa conquête peut supposer vis-à-vis de la transformation socialiste en Euskal Herria et il est même probable que certaines d'entre elles ne la désirent pas. D’où la nécessité d’impulser un fort courant révolutionnaire au sein du mouvement démocratique basque.


5. - Objectifs tactiques et stratégiques.


Les objectifs stratégiques sont les fins vers lesquelles se dirige notre activité. Ce sont ceux qui ont un caractère principal, qui sont fondamentaux, et qui peuvent seulement être atteints à long terme. Les objectifs tactiques sont ceux qui ont un caractère secondaire, par rapport aux objectifs stratégiques et ils peuvent s’atteindre à court ou moyen terme. Ils ne revêtent pas en eux-mêmes une grande importance, mais ils peuvent nous aider à atteindre les objectifs fondamentaux. On peut seulement les considérer en relation avec ces derniers. L'État Socialiste Basque est un objectif stratégique pour la classe ouvrière et le peuple travailleur.

Les objectifs tactiques à moyen terme, peuvent aussi se considérer comme stratégiques, par rapport aux objectifs tactiques à court terme. Nous pouvons aussi les nommer “objectifs stratégiques partiels”. En même temps, ceux-ci ont un caractère tactique par rapport aux objectifs stratégiques principaux ou fondamentaux.

En une certaine occasion, pour illustrer les difficultés sur lesquelles nous buterions dans la lutte pour le socialisme, Lénine la comparait à l'ascension d’une montagne et affirmait que, pour arriver à atteindre le sommet, nous nous verrions souvent obligés de revenir en arrière sur le chemin parcouru, à revenir sur nos propres pas et à essayer de nouveau d’un autre côté, à faire un détour, jusqu'à ce que finalement notre effort se voit couronné de succès.

Je crois que c’est une comparaison suffisamment explicative. Par conséquent, et par rapport à elle, se pose à nous la question de savoir s'il serait souhaitable, dans certains cas et devant la hauteur de la montagne à laquelle nous essayons de monter, de disposer d'un “campement de base”, qui soit situé relativement près du sommet, et depuis lequel nous puissions attaquer celui-ci avec un moindre effort et risque.

Si au lieu d'employer une comparaison de montagne nous utilisions une autre de type militaire nous pourrions dire, par exemple, qu'une armée qui essaye de contrôler un nœud de communications ou une zone d'intérêt vital pour sa production de certaines matières premières, peut-être aurait-elle besoin de disposer d'une “position avancée” qui lui facilite l'attaque et sa conquête.

Dans les deux cas, nous parlerions de la nécessité de suivre une “tactique d'approche” pour mieux se positionner en vue d'atteindre l'objectif principal. Ce “campement de base” ou cette “position avancée” constitueraient, à leur tour, chacun d'eux, un objectif stratégique partiel ou intermédiaire, par rapport à l'objectif stratégique principal.

La lutte par l'obtention d'objectifs stratégiques partiels, n'est pas en contradiction avec la lutte pour les objectifs stratégiques fondamentaux et, cependant, peut nous mettre dans une meilleure position pour les atteindre. Dans la situation concrète d'Euskal Herria nous pourrions parler, par exemple, d'un cadre autonomique large, pour les quatre territoires d’Hegoalde.

L'obtention d'un objectif intermédiaire permettrait de consolider des forces, avancer dans la construction nationale, renforcer notre identité comme peuple, disposer de nouveaux instruments politico-administratifs, donner une plus grande consistance à la formation économique sociale basque, créer de nouvelles formes d'organisation et de participation populaire, impulser la mobilisation de masses, etc. Tout ce qui favoriserait, sans aucun doute, la lutte pour le socialisme.

Nous ne pouvons pas oublier que la réalisation de cet objectif doit se situer en relation avec la conquête d'un nouveau cadre démocratique dans lequel les États espagnol et français reconnaissent à Euskal Herria le Droit d'Autodétermination, c'est-à-dire sa pleine capacité de décider librement de son avenir, sans ingérences externes d'aucune sorte.

Aujourd'hui, la reconnaissance de ce droit n’est pas une chose impensable dans les propres pays capitalistes développés (impérialistes). Nous avons deux exemples concrets très récents au sein de l'UE. D'une part, le 21 Juin est entré en vigueur, le nouveau Statut d'autonomie du Groenland, qui avait été approuvé l'année précédente, et dans lequel se reconnait son droit à l'autodétermination. De l’autre, le mois de Septembre dernier, le gouvernement autonome écossais a annoncé la tenue d'un référendum d'autodétermination pour 2010, dans lequel pourrait se poser la possible indépendance de l'Écosse.

En ce qui concerne Iparralde, il faut tenir en compte que différentes conditions (historiques, politiques, sociales, économiques, culturelles, etc.) qui existent là par rapport à Hegoalde, configurent différentes réalités sociales et compliquent l'articulation des processus politiques dans les deux zones d'Euskal Herria. Mais, malgré la dissimilitude qu'il y a entre elles, il est nécessaire d'avoir une vision d’ensemble, une perspective nationale, qui permette de dessiner des stratégies spécifiques, adaptées à chacune de ces réalités et, en même temps, cohérentes entre elles. C'est ce que nous connaissons comme “développement inégal et combiné” des processus sociaux et politiques.

En tenant compte de tous ces aspects, on peut penser qu’en Iparralde aussi on pourrait impulser un processus politique avec des objectifs tactiques/stratégiques spécifiques. Par exemple, l'obtention d'un Département Basque ou la réalisation d'une autonomie politique pour Lapurdi, Nafarroa Behera et Zuberoa, pourrait favoriser la consolidation de son caractère national. D'autre part, la création d'une eurorégion basque, dont pourraient faire partie les sept territoires, dans le cadre de l'UE, pourrait aussi contribuer à resserrer les liens de toutes sortes entre le Nord et le Sud d'Euskal Herria, en définitive à structurer le pays.


6. - Les alliances.


La conquête d'un nouveau cadre démocratique requiert une large mobilisation populaire, pour impulser ce qui est indispensable, regrouper le plus grand nombre de forces politiques et syndicales, mouvements sociaux, etc. Ce regroupement, certains le dénomment “pôle souverainiste, indépendantiste, ou “confluence abertzale”. Je préfère l’appeler bloc démocratique national. Dans n’importe quel cas, nous savons tous l'importance que la gauche abertzale peut avoir dans sa configuration.

C'est pourquoi, l'État espagnol craint véritablement que celle-ci dépasse l'actuelle situation d’asphyxie à laquelle la soumet la vague répressive, se réorganise sur la base de nouvelles approches stratégiques et récupère sa pleine capacité politique, comme le proposaient Arnaldo Otegi et ses compagnons dans la lettre envoyée le 25 Octobre depuis la prison d'Estremera. C'est pourquoi il redouble ses efforts pour la faire disparaître de la carte politique d'Euskal Herria.

Sans aucun doute, ce regroupement de forces sera appuyé par une sorte de pacte ou d’accord auquel, en principe, malgré les risques qu’il comporte, nous ne pouvons pas nous opposer. Nous savons tous que, entre autres choses, les partis politiques sont l'expression de certains intérêts, sociaux, économiques et politiques (d'une classe donnée, bien qu'ils puissent aussi être d'un secteur social ou d'une fraction de classe). Dans le spectre politique basque, entre les propres forces nationalistes, il a y aussi des partis qui représentent, et défendent, les intérêts objectifs de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie basque. Mais, aujourd'hui, il n'existe aucun parti qui défend les intérêts spécifiques de la classe ouvrière basque. Je me réfère à ses intérêts objectifs stratégiques ou fondamentaux et non à ses intérêts immédiats.

Le processus politique basque a un caractère ambivalent (démocratique- national et socialiste), qui le rend inédit. D'où le fait que, d'une part, pour avancer vers la conquête d'un nouveau cadre démocratique, qui inclue la reconnaissance du droit d'autodétermination, il sera nécessaire d'effectuer des compromis et d'établir des alliances entre la classe ouvrière et divers secteurs et couches de la bourgeoisie basque. Mais, de l’autre, pour la lutte pour le socialisme, on ne pourra pas compter sur les mêmes alliés. Cela implique qu'à travers le processus surgiront divers types de contradictions qu'il faudra correctement résoudre.

Même, vis-à-vis de l'obtention du cadre démocratique même, il faudra aussi développer des alliances de divers types (asymétriques), c'est-à-dire que n'auront pas le même caractère celles qui s'établissent entre le secteur majoritaire de la gauche abertzale et EA ou Aralar et celles qui sont faites avec le PNV. Non seulement en raison des différentes postures politiques, que soutiennent les uns et les autres, sur la question nationale (indépendantiste ou autonomiste), mais pour les intérêts de classe distincts que les uns et les autres représentent.

Ainsi, bien que soient justes les méfiances surgies dans certains secteurs de la gauche abertzale, sur un possible accord entre celle-ci et le PNV, en tenant compte du caractère timide et vacillant de celui-ci, qui le rend enclin aux pactes avec l’État, il ne faut pas avoir peur de cela, à condition que l’on sache bien ce que représente chacun, et quelles sont la portée et les limitations de cet accord.

D'autre part, il faut prendre très en compte que dans une situation concrète comme celle qui se présente à nous, que je présume va être assez complexe, le prolétariat basque se trouve toujours sans un instrument organisationnel qui lui permette de défendre son propre projet politique, ce qui le met à la traîne d'autres classes sociales et de leurs forces politiques respectives.

Il existe aussi le risque que le bloc démocratique national arrive à devenir un simple pacte électoral. D’où la nécessité que, en même temps que peuvent s'établir des accords "par en-haut" entre les différentes forces politiques et syndicales, mouvements sociaux, etc., se construise une base populaire, un vaste réseau d'organismes unitaires, dans les villages, quartiers et villes, avec la capacité suffisante pour impulser une forte mobilisation sociale. Le manque de cette base a été l’une des causes de l'échec de l'Accord de Lizarra (1999).

En même temps, la gauche abertzale devrait récupérer son caractère intégrateur, en impulsant un processus visant à regrouper les différents courants et sensibilités, certains d’entre eux aujourd'hui assez éloignées entre eux, en renforçant ainsi son caractère pluriel, sur la base d’approches unitaires et démocratiques.

La recomposition de la gauche abertzale et la formation du bloc démocratique national, ainsi que la mobilisation populaire que celui-ci arriverait à impulser, n'auraient pas à être subordonnées, à aucun moment, au développement d'une possible négociation qui pourrait s’engager entre Batasuna et le gouvernement espagnol.


7.- La négociation.


C’est un sujet sur lequel le secteur majoritaire de la gauche abertzale insiste et réclame de l’Etat espagnol depuis beaucoup d’années. Mais l’expérience historique de ces processus de lutte politique ayant eu lieu en Amérique Latine (Salvador et Guatemala), comme au Moyen-Orient (Palestine), en Europe (Irlande du Nord) et plus récemment en Asie (Népal), qui ont fini dans une table de négociations, n’incite pas beaucoup à l’optimisme. Le fait est que, finalement, la majorité de ces négociations ont été plus favorables aux classes dominantes et à l'impérialisme qu'aux classes populaires. Bien que l’on pourrait citer l’unique exception de l'Afrique du Sud.

Dans la majorité de ces négociations, les forces démocratiques, progressistes et révolutionnaires, ont fini par renoncer à des aspects substantiels de leurs objectifs et le mouvement populaire a fini par être désactivé, sinon totalement, au moins de façon significative et, pour couronner le tout, l'application des accords obtenus se dilatait de plus en plus dans le temps.

Il faut aussi tenir en compte que dans tous ces cas se sont mêlés des aspects politiques et sociaux avec d’autres, spécifiquement militaires, dérivés du propre caractère violent du conflit. Et, si nous considérons le problème des négociations du point de vue de ces derniers, nous voyons que, aussi dans tous les cas, l’une des parties était arrivée au préalable à la conclusion de l'impossibilité de vaincre militairement l'autre, grâce auquel, il se trouvait dans une position psychologique d'infériorité, dans laquelle il avait déjà assumé son échec stratégique, bien qu'il ne l'ait pas extériorisé.

Dans certaines occasions on a cherché la négociation comme une sortie "digne" au lieu d'avoir procédé à un changement de tactique, une fois vérifié qu'avec celle suivie jusqu'à ce moment les résultats espérés n'étaient pas obtenus et que la persistance dans l'utilisation des mêmes méthodes était un motif d'une usure continuelle qui les éloignait de plus en plus de l'objectif principal. Cela a conduit à envisager la négociation même comme s'il s'agissait d'un authentique objectif stratégique, en dénaturant complètement les approches initiales.

En revenant à notre cas, celui de la réalité sociale et politique basque, tout semble indiquer qu’au sein du secteur majoritaire de la gauche abertzale s’est frayé un chemin, avec une force croissante, l'idée que l'activité armée d'ETA n'a pas les mêmes effets qu'il y a quelques décennies et que, dans la situation actuelle, loin de favoriser l'accumulation de forces populaires la complique. De fait, la Dialectique nous enseigne que, dans certaines conditions, chaque chose peut se transformer en son contraire.

En fait, je crois qu'il n’échappe à personne que cette activité, avec ses conséquences tragiques, a provoqué certains effets politiques non désirés puisqu'il a contribué à déformer le processus politique basque, en renforçant les postures des secteurs les plus réactionnaires et immobilistes et en favorisant l'isolement de la gauche abertzale. Et, dans plus d'une occasion, elle est devenue le principal obstacle pour l’obtention d’accords entre différentes forces politiques et syndicales basques.

Par conséquent, dans les dernières déclarations publiques de membres reconnus du secteur majoritaire de la gauche abertzale, il semble qu’on recherche un certain éloignement au sujet de l'organisation armée, en insistant à plusieurs reprises sur l'"exclusivité" des voies pacifiques et démocratiques. Ce qui paraît avoir été bien vu par d'autres forces politiques et même par un secteur du PNV.

La proposition de négociation entre la gauche abertzale et le gouvernement espagnol a deux objectifs évidents. La recherche, de la part de Batasuna, d'un nouveau scénario politique dans lequel il puisse revenir à la légalité. Et, avec cela, pouvoir récupérer sa présence dans les institutions. Et, d'autre part, faciliter la fin du conflit armé.

Le fait que Batasuna essaye d’être à nouveau présent au Parlement basque, n'est pas un motif pour qu'il puisse être accusé de “parlementarisme“, comme on le fait depuis certains secteurs. Lénine lui-même, dans sa critique des "gauchistes" allemands et hollandais, en 1920, a soulevé la nécessité d'entrer dans les parlements bourgeois, pour les utiliser à la manière de tribune, haut-parleur ou caisse de résonance, mais sans se faire de fausses illusions au sujet de la possibilité de les utiliser comme instrument pour la transformation révolutionnaire.

Si à l’époque, quand le processus de parlementarisation de la vie politique était encore naissant, la participation des révolutionnaires était déjà importante dans les parlements bourgeois, nous pouvons nous imaginer quelle sera aujourd’hui son importance, quand ils en sont venus à devenir l'"épicentre" de toute la vie politique dans les régimes de démocratie bourgeoise.

D'autre part, il faut aussi tenir en compte que toute force politique "extraparlementaire" arrête d'être l’objet d'intérêt et d'attention de la part des médias de masses (presse, radio et TV) et dans la pratique c'est comme si elle avait cessé d'exister. La maxime est connue que “ce qui n'apparaît pas dans les médias, n'existe pas”. Et cette situation s'aggrave beaucoup plus quand, la majorité de ceux-ci, suivant les règles de conduite établies par l'État, soumettent à une féroce censure informative toutes les nouvelles relatives à la gauche abertzale et, plus spécifiquement, à Batasuna.

Je veux aussi ajouter que qualifier Batasuna de réformiste n’a pas beaucoup de sens, quand cette appellation a été employé, dans la terminologie marxiste, uniquement pour se référer à ces personnes, groupes ou organisations, pour qui les réformes s'étaient mises à constituer leur objectif principal et avaient relégué au deuxième plan les objectifs révolutionnaires (stratégiques ou fondamentaux) ou les avaient. Mais, comme je l’ai compris, Batasuna n'a jamais été, ni cherché à être, un parti révolutionnaire de classe (communiste) mais une force politique abertzale et de gauche, de large base populaire, c'est-à-dire de composition sociale interclassiste. C'est pourquoi je crois que nous devons éviter de tomber dans des postures simplistes et schématiques dans le traitement de certains sujets.

En reprenant le sujet de la négociation, il faut dire que depuis que Batasuna a lancé la Proposition d'Anoeta, (14-11-2004), il propose de dédoubler la négociation sur deux tables séparées. Une, qui serait formée par tous les partis du cadre basque, dans laquelle seraient abordés les aspects purement politiques, et une autre formée par ETA et des représentants du gouvernement espagnol et dans laquelle se discuteraient les sujets relatifs à la "démilitarisation" du conflit.

Il convient de rappeler qu'au précédant processus négociateur entre partis, qui a eu lieu dans le Sanctuaire de Loiola, n'ont pas participé toutes les formations du spectre politique basque mais seulement le PS-PSOE, le PNV et Batasuna. Il y a eu quatre partis, présents à ces moments dans le Parlement autonome, qui n’y ont pas participé. Le PP, étant en complet désaccord avec eux; et EA, IU-EB et Aralar, pour avoir été marginalisés.

Dans ces conversations on est arrivé à un accord de principe le 31 Octobre 2006, qui a été reconnu par le PNV et par Batasuna, mais que le PSOE nie qu'il se soit produit. Cependant, le PNV et Batasuna diffèrent dans l’explication de la cause de la rupture des conversations et de l’accord de principe obtenu. Tandis que le premier a affirmé qu'à la réunion suivante, qui a eu lieu le 8 Novembre, Batasuna est arrivé avec de nouvelles exigences qu'ils ne pouvaient pas accepter, la formation abertzale a soutenu que le PNV et le PS-PSOE ont refusé d’introduire l'indépendance comme l'une des options faisables, et que l'accord ait un caractère effectif dans les quatre territoires d’Hegoalde.

Une pression a-t-elle réellement existé de la part d'ETA pour poser ces nouvelles exigences ? Si cela était vrai, on dirait très peu en faveur de la prétendue indépendance politique de Batasuna. Le gouvernement espagnol a-t-il fait pression sur le PS-PSOE et le PNV pour qu'ils reviennent en arrière, parce qu'ils avaient trop cédé ? C'est très probable et relève de ce que l'on pouvait attendre, en tenant compte que bien que les conversations ont eu lieu entre des partis basques, pour passer ensuite les accords au gouvernement central, la subordination du PS-PSOE à la Moncloa est totale, et la timidité et les hésitations du PNV sont bien connues.

En tenant en compte ces précédents, ainsi que l'expérience historique que j'ai citée plus haut, on ne peut pas espérer beaucoup d'une possible négociation. Une autre chose est que Batasuna est très libre de la réclamer. Mais la transformer en un objectif en soi peut avoir des conséquences dangereusement démobilisatrices.


8. - La démocratie.


Il faut dire que, sur ce sujet, nous pouvons envisager deux situations possibles. La démocratie sous le pouvoir de la bourgeoisie (démocratie bourgeoise) et la démocratie dans le socialisme (démocratie socialiste).

Dans les pays capitalistes développés, la bourgeoisie exerce sa domination de classe, sa dictature, sous une apparence démocratique. En général, dans ces pays elle n'a pas besoin d'employer de façon ouverte et systématique les mécanismes de coercition (armée, police, tribunaux,…), puisque grâce à d'autres mécanismes "pacifiques", dans le cadre de la démocratie bourgeoise, elle obtient les appuis (le consentement, l'acceptation sociale) suffisants pour se maintenir au pouvoir. C'est la fonction que remplissent les appareils idéologiques. Ceux-ci, à la différence de l'appareil répressif de l'État qui fonctionne au moyen de la violence, le font fondamentalement au moyen de l'idéologie.

Gramsci considérait que, dans les pays développés, la classe dominante a obtenu une hégémonie idéologique et culturelle sur les classes dominées, qui lui permet de maintenir sa domination en recourant à l'emploi des moyens coercitifs seulement quand cela lui semble indispensable. Elle a obtenu cette hégémonie à travers le système éducatif, les institutions religieuses et les médias. C'est pourquoi, dans les pays impérialistes, l'État capitaliste se trouve plus cautionné que dans les pays dépendants.


8.1. - Liberté et égalité.


Ces deux termes, constituent les piliers basiques de la théorie politique bourgeoise, le libéralisme. Dans les deux cas, il s'agit de concepts, de définitions abstraites et purement formelles. La bourgeoisie conçoit la "liberté" comme le droit de faire telle ou autre chose, bien que sans proportionner les moyens adéquats pour la réaliser, sans la rendre faisable. En ce qui concerne le concept d’“égalité“, il faut préciser qu'il s'agit seulement d'une création théorique, une figure juridique qui, dans la pratique, dans la réalité, n'empêche pas l'existence de grandes inégalités.

La bourgeoisie crée la figure du "citoyen", à laquelle elle attribue une série de droits. Mais il s'agit de droits individuels, puisqu'elle isole la personne de son environnement. Elle l'isole du groupe, de la collectivité à laquelle elle appartient, que celle-ci soit la nation ou la classe sociale. De cette façon, il sépare la politique de l'économie, l'État de la société civile.

La théorie politique bourgeoise ignore et cache, intentionnellement que, comme soutenait Lénine, la liberté est inscrite dans une constitution qui légalise la propriété privée et que la propriété privée des moyens de production divise la société en exploiteurs et exploités, entre lesquels n'est pas possible l'égalité ni le même degré de liberté. D'où le fait que ne sont pas égaux l'exploiteur et l'exploité, et qu'il n'y a pas de véritable démocratie là où une minorité contrôle la majeure partie des richesses de la société et, que grâce à cela, elle domine l'État.

La démocratie bourgeoise a un caractère formel et abstrait. Cela est évident dans tous les aspects de la vie économique, politique et sociale. Par exemple, la loi reconnaît la "liberté de la presse" comme un droit de tous les citoyens. Mais, le "hasard" a voulu que dans la société capitaliste, les médias (presse, radio et télévision), ne sont pas accessibles à tous les citoyens et citoyennes de la même, mais qu’il s'agit d'une série d'entreprises (qui sont propriété privée), qui sont contrôlées par certains groupes financiers. Nous voyons ici comment la "liberté" et l'"égalité" théoriques (de droit), sont impossibles à atteindre dans la réalité, dans le cadre du système capitaliste. C’est le véritable fond du libéralisme et du démocratisme bourgeois.

En Euskal Herria nous avons la triste expérience que, précisément au nom de cette démocratie, on a procédé à la fermeture de médias comme EGIN, Ardi Beltza, Egin Irratia ou Egunkaria.

La même chose arrive avec le "droit de réunion". Toutes les constitutions démocratiques-bourgeoises le reconnaissent. Cependant, pour que le peuple travailleur, les ouvriers et les ouvrières d'une usine, les voisins et les voisines d'un quartier, puissent se réunir, ils ont besoin de disposer de locaux adéquats, et il se trouve par hasard que les meilleurs bâtiments sont propriété privée.

Egalité devant la loi ? Neutralité de l'État ? Rien de plus éloigné de la réalité. Ce sont des illusions avec lesquelles le libéralisme bourgeois cherche à dissimuler le lien de l'argent avec le pouvoir politique et de cacher que la bourgeoisie, à travers mille moyens testés par une longue expérience, contrôle les ressorts de l'État et que celui-ci est uniquement dédié à défendre ses intérêts, et que donc il ne traitera jamais d'une manière "égalitaire" et "impartiale" toutes les personnes. Au contraire, celles-ci sont traitées d’une manière ou d’un autre selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent.

Bien sûr, si nous comparons le fascisme à la démocratie bourgeoise, les droits et libertés (malgré leur caractère abstrait et formel) qui existent dans celle-ci à leur absence totale dans le premier, il est évident que nous optons pour la seconde. Cependant, une chose doit rester très claire, c’est que la démocratie bourgeoise comme le fascisme, ne sont que différentes formes de domination de la même classe et le fait que la bourgeoisie recourt à employer l'une ou l'autre, dépendra d'une série de facteurs et de circonstances historiques (économiques, politiques, sociales, etc.).

Par conséquent, si on nous présente les tant vantées libertés démocratique comme le degré maximal de liberté et de démocratie, alors nous devrons dire que cette démocratie a un caractère de classe, que c'est une démocratie bourgeoise et que, donc, elle est incomparablement moins démocratique que celle que le peuple travailleur développera quand il détiendra le pouvoir et supprimera la propriété privée des moyens de production, ouvrant ainsi la voie à un nouveau système politique de large participation populaire dans la solution de tous les problèmes de la société.


8.2. - La séparation des pouvoirs.


Un autre des fondements théoriques de la démocratie bourgeoise est celui de la prétendue “séparation des pouvoirs”, qui est devenue, de nos jours, un authentique fétiche politique. Cette théorie a été créée par le philosophe anglais John Locke (1632-1704), idéologue de la deuxième révolution anglaise (1668-1669) et considéré comme le père du libéralisme moderne. Par la suite elle a été développée par le philosophe français Montesquieu (1689-1755).

La théorie de la “séparation des pouvoirs” a une base réelle. Elle s'appuie sur les fonctions que, dans la pratique, l'État développe. En lignes générales, entre autres choses, celles-ci consistent à : promulguer les lois, les appliquer et juger celui qui ne les respecte pas. À partir de cette division, qui est réelle bien que non la seule possible, s’élabore la théorie selon laquelle lesdites fonctions doivent être développées par trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) indépendants entre eux, pour que chacun d'eux puisse exercer une espèce de “contrepoids“ qui compense et équilibre les autres, en évitant ainsi que des abus soient commis.

Mais cette théorie n'a presque jamais dépassé le stade de “sans valeur”, car les organismes législatifs, exécutifs et judiciaires, agissent d'un commun accord, servant les intérêts du grand capital. Par ailleurs, dans les trois dernières décennies, le pouvoir exécutif a acquis une prépondérance croissante sur les autres pouvoirs, qui dans la pratique ont été progressivement subordonné à celui-ci.


8.3. - Participation et représentation.


Un autre des traits les plus accusés de la démocratie bourgeoise est celui d'être peu participative. C’est parce que le soi-disant principe de “représentation“, ne permet pas la participation réelle et permanente du peuple dans l'exercice du pouvoir, à tous les niveaux. Il s'agit d'une démocratie "déléguée" ou "transférée", puisque la participation populaire se trouve limitée au travail d’élire, tous les quatre ou cinq ans, une poignée de politiciens professionnels pour faire partie de certains des organes de l'appareil de l'État bourgeois.

Le système bourgeois de représentation politique permet la séparation du peuple travailleur du gouvernement d'un pays. Il lui empêche son accès au pouvoir politique tandis que, d’autre part, il lui donne la fausse impression que les gouvernants sont une “émanation de la volonté populaire”. La démocratie bourgeoise réduit la participation populaire au simple acte électoral. En lui commence et finit la participation du peuple dans la prise de décisions politiques. Toute autre forme d'intervention politique du peuple reste écartée, sauf le cas exceptionnel d'un référendum (que le gouvernement convoque quand il croit avoir assuré, d'avance, le triomphe de ses propositions).

D'autre part, la démocratie bourgeoise est très peu "représentative" car il existe seulement la possibilité d’élire une minorité, une petite partie de ceux qui régissent les destins du pays, puisque ne sont pas éligibles les hauts fonctionnaires, les juges, les dirigeants de l'armée et de la police, etc., tous avec un pouvoir extraordinaire entre les mains dans les États bourgeois modernes.

À tout cela il faut ajouter que les élus ne peuvent pas être contrôlés par leur électorat, puisque la possibilité de les révoquer de leurs postes n’existe pas. De plus, la possibilité que les élus puissent réellement défendre les intérêts populaires est infime. Les partis qui arrivent à former le Gouvernement, développeront toujours une politique en accord avec les intérêts du grand capital et qui, donc, ne sera pas en contradiction avec le propre appareil étatique de la bourgeoisie. Mais, dans n’importe quel cas, la classe dominante a toujours la possibilité de faire un coup d'État parce que, généralement, les constitutions bourgeoises elles-mêmes ont l'habitude de protéger légalement une possible intervention militaire en “défense de l'ordre constitutionnel”.

Nous avons déjà dit plus haut que, à l'époque de l'impérialisme, le capitalisme entre en contradiction ouverte avec la démocratie. Il est arrivé à une situation dans laquelle celle-ci le gêne et, à partir de là, s'initie un processus d’involution dans presque tous les pays. Et ce processus se caractérise par le renforcement de l'appareil étatique, la concentration des rênes du pouvoir et la réduction de toutes sortes de droits et de libertés.

En Euskal Herria aussi nous avons une expérience amère de cela quand, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, et en s'abritant derrière la “loi des partis”, créée ex professo pour cela, on a illégalisé une longue série de partis, plateformes, coalitions, mouvements de jeunesse et associations de différente sortes, empêchant la participation électorale du secteur majoritaire de la gauche abertzale et en laissant sans représentation politique un large secteur de la population basque.


9. - Le socialisme.


Pour terminer, je veux aborder une question qui dans les dernières années est devenue d'actualité. Je me réfère à celle du socialisme. Une question qui est aussi abordé dans le document “Clarification de la phase politique et de la stratégie”, auquel nous nous référions au début. C'est un très vaste sujet et, de fait, il requerrait d’être l’objet d'un débat spécifique. C'est pourquoi, dans ce travail je vais seulement en faire une brève approche.

Aussi, d'autre part, entre le 17 et 19 novembre, ont eu lieu à Donostia les rencontres “ASKEncuentros 2009. En defensa de la humanidad, hacia un socialismo siglo XXI”. Malheureusement, il m'a été impossible d’y assister mais j'ai essayé de les suivre à travers la presse. Parmi les diverses questions discutées là il y a eu la reconnaissance qu’il n'existe pas un "modèle" socialiste. En cela, nous sommes complètement d'accord. Mais je crois qu'ils ont mis beaucoup de temps pour arriver à cette conclusion.

Lénine lui-même, parmi les réflexions qu'il a faites au cours de la Première Guerre Mondiale, déclarait que toutes les nations n’arriveraient pas au socialisme exactement de la même manière, mais que “chacune contribuera avec quelque chose de propre, à telle ou telle forme de démocratie, à telle ou telle variété de dictature du prolétariat, à telle ou telle variation dans le rythme des transformations socialistes”. Et c'est que le nœud du problème n'est pas dans le "modèle", mais dans le concept même de socialisme.

Mais, qu'entend-on nous par socialisme ? Indubitablement pas quelque chose de fini, stable, définitif, c'est-à-dire quelque chose de statique. Bien au contraire, sur la base de la théorie marxiste elle-même et l'expérience historique, nous pouvons affirmer qu'il s'agit d'une situation transitoire, instable, convulsée, réversible. Il s'agit donc de quelque chose de dynamique.

Nous pourrions le définir comme une période de transition entre le capitalisme et le communisme, la société sans classes. Une période pendant laquelle continueront encore à exister les classes sociales, les contradictions et la lutte de classes, dans la base économique de la société comme dans sa superstructure (juridique, politique, idéologique et culturelle). Le type d’État qui correspond à cette période, est l'État Socialiste.

Le socialisme est une période de transition et, en même temps c'est un processus de transformation, de changement. Donc, le socialisme est un processus de destruction / construction. De destruction du vieil État, des vieilles formes de propriété et de gestion, des vieilles relations de production, du vieux système juridique, des vieilles idées (individualistes, égoïstes, insolidaires, chauvines, machistes,…), etc. Le terme “destruction“ ne doit pas se comprendre comme destruction mécanique, physique, mais comme négation dialectique, comme dépassement du vieux et sa substitution par le nouveau.

Mais ce processus n'est pas unidirectionnel, n'est pas irréversible, son résultat n'est pas définitivement garanti. L'involution est possible. Nous avons une expérience historique que nous ne pouvons pas oublier, la dégénérescence bureaucratique et l’effondrement ultérieur du dénommé “socialisme réel”, qui a conduit à la restauration du capitalisme le plus sauvage dans les anciens pays socialistes.

Historiquement, le régime politique qui correspond à cette période a été nommé dictature du prolétariat. Bien que le terme puisse avoir une connotation défavorable et qu’on tende à l'identifier avec des formes autoritaires ou despotiques de gouvernement, en réalité ce n'est que l'expression synthétique du concept de pouvoir (domination, empire) d'une classe sociale déterminée. De cette façon, il serait utilisé en opposition au concept de dictature de la bourgeoisie.

De la même façon que la dictature de la bourgeoisie peut se manifester sous différentes formes, que celles-ci soient démocratique-parlementaires et même fascistes, la dictature du prolétariat aussi pourra le faire de différentes formes et, bien que l'expérience historique puisse nous inciter à penser le contraire, ce qui est certain est que de son caractère même ne s’ensuit pas qu’il ait, nécessairement, à se présenter sous des formes autoritaires, mais qu’il peut aussi le faire sous des formes démocratiques. Ce qui implique la possibilité que, à côté de beaucoup d'autres formes d'organisation populaire, puissent aussi exister des partis politiques, à condition qu'ils respectent la légalité socialiste.

Dans le socialisme, le fonctionnement de l'économie ne s'abandonnera pas au hasard, au jeu spontané des lois du marché, mais s’organisera au moyen du mécanisme de la planification. Celle-ci, à son tour, à la différence de la planification qui est réalisée dans certains cas sous le capitalisme, devra se baser sur la propriété sociale des principaux moyens de production.

Ce que j'ai évoqué jusqu'ici, n'est pas un "modèle" de socialisme mais répond au concept de celui-ci, élaboré à partir de l'analyse exhaustive du processus de production capitaliste que Karl Marx a réalisée, en partant de son élément basique, de la marchandise. Dans ladite l'analyse se trouve la clé, la véritable origine de l'exploitation capitaliste. Parce que c'est dans le cadre de la production qu’a lieu la création de la valeur (la richesse) au moyen du travail salarié et c’est aussi là qu’a lieu l'appropriation du fruit de ce-dernier de la part des propriétaires des moyens de production, les capitalistes.

Dans la sphère de la production apparaît avec toute netteté la division de la société en classes et plus précisément dans les deux classes fondamentales et antagoniques de la société capitaliste, la bourgeoisie et le prolétariat. La première, propriétaire des moyens de production et le deuxième possesseur uniquement de sa propre force de travail.

À travers le processus de production a lieu l'appropriation par les capitalistes de la plus-value que produisent les travailleurs. C’est aussi en lui que s'établissent, entre les uns et les autres, les relations de production, basées sur l'exploitation salariée du prolétariat par la bourgeoisie. Cependant, aujourd'hui, apparaissent de "nouvelles" théories qui déforment l'essentiel du concept scientifique de socialisme et qui constituent d’authentiques chants de sirène qui essaient d’embrouiller et de désorienter la classe ouvrière et le mouvement révolutionnaire.


9.1. - De vieilles théories avec de nouveaux visages.


D'une part, la théorie du dénommé “socialisme du XXIe siècle”, dont le créateur et principal représentant est Heinz Dieterich, conseiller de Hugo Chávez, président de la République Bolivarienne du Venezuela. Cette théorie brouille l'analyse de la question. Au lieu de se concentrer sur le processus de production, qui est celui où se trouvent les causes de l'exploitation, ils se concentrent sur cet autre dans lequel se manifestent ses effets, la pauvreté, la marginalisation sociale, la précarité, les inégalités, etc. C'est-à-dire, ils sont spécialement fixés sur le processus de distribution. Ainsi, ils cachent la question du pouvoir c'est-à-dire de l'État, et celle de la propriété privée des moyens de production.

D'où le fait que sa proposition principale est celle de promouvoir une “économie des équivalents”, selon laquelle, en appliquant simplement une nouvelle méthode de calcul, la matrice dénommée “la rose de Peters”, on pourrait déterminer avec une grande exactitude la valeur incorporée aux marchandises et que celles-ci pourraient s’échanger entre elles non sur la base de leur valeur de change, mais la valeur réelle du temps de travail incorporé. Ainsi, selon Dieterich, on pourrait éliminer la valeur de change et  la plus-value disparaîtrait. Et tout cela, sans la nécessité de prendre le pouvoir, ni d'exproprier les principaux moyens de production aux capitalistes. Il serait seulement question de mettre progressivement en pratique cette "théorie", d'abord dans quelques endroits et ensuite l'étendre à l'ensemble de l'économie. Cela ne rappelle-t-il pas le socialisme utopique que Marx et Engels ont critiqué ?

En continuant avec cette théorie, bien que sans l’intention d'être exhaustifs, il faut dire qu'elle a aussi d'autres aspects que nous devons t

enir en compte. Elle présente une structure sociale basée sur deux niveaux. Dans le supérieur il y a l'"élite", concept qu’elle emprunte à la sociologie bourgeoise (théorie fonctionnaliste de Pareto, Mosca, Michels, etc.). Et dans l'inférieur il y a les “exclus”, ou comme elle le dénomme aussi, la “communauté des victimes”, un ensemble bigarré de gens qu'elle définit comme “multiculturel, pluriethnique et polyclassiste”, dans lequel la classe ouvrière est une composante de plus, bien que dépourvue de ces caractéristiques dérivées de la position qu'elle occupe dans la structure sociale et qui font d'elle la classe objectivement la plus intéressée à en finir avec l'exploitation capitaliste.

Le “socialisme du XXIe siècle” parle de la “déconcentration de la richesse sociale” et propose d'en finir avec l'économie de marché, mais il ne dit rien sur la question de la propriété privée des moyens de production. Il parle de la “disparition des fonctions classistes et de l'identité répressive de l'État”, mais il ne parle pas de la destruction (démantèlement) de l'État bourgeois, ni de la dictature du prolétariat.

Pour le “socialisme du XXIe siècle” les classes ont cessé d'être une catégorie d'analyse de la structure sociale et, avec cela, la classe ouvrière a cessé d'être le sujet historique de la transformation révolutionnaire. C'est pourquoi, nous ne devons pas être étonnés qu'au Venezuela, où Dieterich essaie d'expérimenter sa théorie, ce soit la bourgeoisie non monopoliste qui dirige le processus de la “révolution bolivarienne”. Sur celle-ci, je tiens à préciser que, bien qu'il soit évident qu'il ne s'agit pas d'une révolution socialiste, cependant elle a des aspects progressistes et un contenu anti-impérialiste marqué. Néanmoins, il faudra que ce soit l'ensemble du peuple travailleur vénézuélien, avec la classe ouvrière à la tête, qui assume la direction du processus politique et lui imprime une véritable orientation révolutionnaire et socialiste.

D'autre part, je vais me référer maintenant au dénommé “socialisme identitaire” que l’on dit inspiré par celui-là et qui a obtenu un haut degré d'acceptation dans la gauche abertzale. Elle suppose  aussi qu’il n'existe pas un modèle du socialisme que nous pouvons "importer" et que, par conséquent, nous devons le construire à partir de notre propre réalité historique. Jusqu'ici, nous pouvons être d'accord. Cependant, quand ils commencent à détailler leur modèle, c’est là que se manifestent ses incongruités.

En premier lieu, ils disent que ce modèle “doit être approuvé à la majorité parmi toute la population”. Il serait paradoxal que la bourgeoisie basque doive aussi participer à ce "consensus", pour définir le modèle de socialisme que nous voulons pour Euskal Herria. Les défenseurs du “socialisme identitaire” semblent ne pas s’être rendu compte que dans la société basque il y a aussi des classes opposées par des contradictions antagoniques.

Ils proposent un secteur public qui intervient fortement dans l'économie et que cette intervention soit “transparente” et “orientée par la planification” élaborée par une société participative. Ladite intervention devrait être “orientée vers les graves déséquilibres que le marché provoque”. En ce qui concerne la nécessaire force du secteur public, selon les défenseurs de cette théorie, elle ne devrait pas obéir à des “raisons idéologiques” mais à des “raisons d'efficacité économique”.

Cependant, ils ne disent rien sur la façon de développer ce secteur public, si ce serait fondé sur la nationalisation des entreprises les plus importantes (au moyen de l'expropriation des principaux actionnaires, tout en respectant les petits) ou si elle serait formé par des entreprises de nouvelle création, sur la base de l'investissement public, mais en respectant les intérêts des grands capitalistes.

En définitive ils proposent un “secteur public fort” pour de pures raisons d'efficacité économique, par pur utilitarisme, sans le voir comme une question essentielle pour avancer vers la suppression du capitalisme (ce qui serait pour des raisons idéologiques). Ils proposent un "secteur public" comme celui qui peut exister dans n’importe quel pays capitaliste développé, aussi "transparent" qui puisse être son fonctionnement. Et, de plus, comment serait réalisé le contrôle social du secteur public ? Quel rôle occuperaient les travailleur-ses des entreprises publiques dans sa gestion ? Tout serait-il laissé peut-être aux mains de la bureaucratie administrative ?

En ce qui concerne le type de planification économique qu'ils proposent, sans commencer à débattre si elle devrait être centralisée ou décentralisée, contraignante ou indicative, ils ne tiennent pas non plus en compte que, dans tous les cas, une planification socialiste doit s'appuyer sur la propriété collective (sans que celle-ci ne soit, nécessairement, étatique) des principaux moyens production. D'autre part, bien qu'il soit logique de penser que, pendant une longue période, la planification économique doive coexister avec le marché, sa fonction principale ne doit pas être celle de corriger les “graves déséquilibres” provoqués par celui-ci, mais celle de créer les conditions pour sa disparition.

Les défenseurs du “socialisme identitaire” ne proposent pas autre chose qu'une économie mixte que, bien qu'elle pourrait être acceptable dans certaines conditions , de façon transitoire, par exemple dans le cas où le peuple travailleur basque arrive à conquérir cette position avancée dont on parlait plus haut, en aucun cas on ne peut essayer de le faire passer pour le socialisme. En réalité, ce dont il s'agit est la dénommée “troisième voie”, prétendument située entre le socialisme et le capitalisme.

Ils complètent leur théorie avec les clichés habituels de l’“évaluation du travail domestique et du travail social”, la ”distribution du travail”, la “redistribution de la richesse”, l'établissement d'une “revenu minimum”, etc. Toutes des revendications très légitimes mais qui ne constituent pas des traits spécifiques et distinctifs du socialisme puisque, dans certaines conditions, elles peuvent être parfaitement assumées par le capitalisme.

Pour terminer ma référence à ces théories pseudosocialistes, il faut dire que les deux considèrent qu'il faut substituer la démocratie formelle par une autre participative. Dans cet aspect, je crois que l'on ne peut pas faire d'objection à tous les efforts qui sont dirigés à dépasser les limites et les restrictions de la démocratie bourgeoise. Même si nous ne nous trouvons pas encore dans le socialisme.

Je veux juste souligner que même la démocratie bourgeoise la plus radicale “s'arrête à la porte de l'usine”. Le lieu de travail constitue une chasse gardée de l'autoritarisme des patrons. La gestion des entreprises, l'organisation de la production, les règlements internes, les décisions sur les investissements à réaliser, les moyens de production à employer, la désignation des dirigeants et des cadres intermédiaires, etc. les capitalistes se les réservent exclusivement et, cependant, les travailleurs et les travailleuses se trouvent toujours directement touché par eux. Par conséquent, si nous voulons véritablement approfondir la démocratie, il faudra aussi l'étendre à l'intérieur même des centres de travail. Et rien de cela n’est posé par les défenseurs du “nouveau socialisme”.

 

Publié dans Euskal Herria

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