Dissolution de SEGI

Publié le par FPL

http://www.lejpb.com/Repository/Imagenes/Pub_5/Issue_7969/p003.jpg

Entretien avec Txomin CATALOGNE et Amaia ELIXERI / Militants de Segi

 

Alors que le Pays Basque se trouve dans un nouveau contexte caractérisé par le processus de paix, l’organisation Segi a annoncé sa prochaine dissolution. Afin de mieux comprendre les raisons de cette disparition, nous avons rencontré ses porte-parole, Amaia Elixeri et Txomin Catalogne.


Pour quelles raisons avez-vous décidé de dissoudre Segi ?

Au sein de Segi, depuis plusieurs années, nous avons commencé une réflexion interne. En 2003, nous avions défini une stratégie et, comme dans toutes les organisations, une nouvelle phase est venue en 2008/2009, au moment où l’on s’est rendu compte qu’un fossé existait entre l’organisation Segi et la jeunesse.

Le seul et unique moyen d’explication de l’apparition de ce fossé, c’est la répression et l’illégalisation. Nous avions créé Segi afin de rassembler la jeunesse autour d’un projet politique. Or, malheureusement, la décennie passée a été une période très dure pour la gauche abertzale. Et cela nous a contraints à répondre à cette injustice et criminalisation. Si l’on fait notre autocritique, on ne peut nier que nous avons œuvré à la défense de notre outil, notre organisation. Ainsi, identifier certains des problèmes de la jeunesse nous a été plus difficile.

Pour réduire les effets résultant de la création de ce fossé, nous avions décidé de redéfinir notre stratégie. Finalement, cette réflexion interne nous a conduits à la décision de dissoudre l’organisation.

A partir de quand cette décision sera-t-elle effective ?

Le dimanche 24 juin, nous organisons un meeting à 17 heures à la salle Sanoki d’Itxassou. A la suite de cet événement, un terme sera mis à Segi.


Vous avez décidé de dissoudre Segi dans le contexte du processus de paix, de la nouvelle donne pour la gauche abertzale en Hegoalde. Pourquoi avoir choisi ce moment-là ?

Nous constatons qu’il existe de nouveaux défis au Pays Basque. Or, pour y faire face, il nous semble qu’il faut activer un ensemble de points dans de nombreux secteurs, comme la solution démocratique, la connaissance institutionnelle, etc. Nous pensons que le temps est venu de rassembler beaucoup plus de personnes pour gagner les paris que nous faisons. Segi va disparaître. Cependant, cela ne signifie pas que la lutte des jeunes va cesser.

Nous assistons pleins d’espoir à ce qui se passe actuellement au Pays Basque. Or, nous continuons à être des militants de la gauche abertzale. En ce sens, nous mettrons nos forces au service du processus de paix.

Nous pensons également que la nouvelle stratégie de la gauche abertzale, j’entends Zutik Euskal Herria, nécessite de nouveaux outils. Durant de nombreuses années, on s’est situé dans le sillon de la réponse à la répression. Mais, nous voyons qu’une phase de construction est en train de se jouer. Et nous pensons que la jeunesse sera pionnière en la matière.

Segi est parvenu à son terme et elle ne peut pas répondre aux défis du contexte actuel.

En quelques mots, pouvez-vous définir ce qu’était Segi ?

Il s’agit d’une organisation de la jeunesse du Pays Basque, indépendantiste et socialiste. Nous cherchions à mener un travail de réflexion politique au sein de la jeunesse. Nous voulions apporter une réponse aux problématiques propres à cette jeunesse.

Segi a voulu développer un autre modèle sociétal, fondé sur le collectivisme, le féminisme… Nous avons voulu diffuser ce type de valeurs au sein de la jeunesse. L’idée de formation a toujours été importante. En quelque sorte, Segi a été une école pour “désapprendre” ce que le modèle capitaliste nous impose.


Quels étaient les objectifs principaux de Segi ?

L’un de nos objectifs était de susciter l’espoir des jeunes, de créer une dynamique de lutte au sein de la jeunesse. Nous entendions rappeler  qu’il existe des solutions.

Enfin, nous voulions impulser un élan pour la libération du Pays Basque. D’ailleurs, la construction nationale entrait dans les finalités de l’organisation. Segi, en tant qu’organisation, était structurée au niveau national, sur l’ensemble du Pays Basque, afin de battre en brèche les effets d’une frontière imposée par les Etats.

Au final, nous tendions vers la constitution d’un Etat basque, indépendant et socialiste.


Quels ont été les résultats ? Quel bilan peut-on dresser de l’ensemble des activités de Segi ?

Quand nous parlons de la structuration nationale de notre organisation, ce que nous voulons dire, c’est qu’il s’agissait d’une nécessité et que le pari que nous avons fait a porté ses fruits, notamment parce que nous avons tenté et, dans une large mesure, réussi, à inscrire nos activités et réflexions dans le cadre national spécifique d’Euskal Herri. Nous avons contribué à effacer la “frontière” dans l’esprit des jeunes.

Cette expérience nous a permis de connaître et tenir compte des mille et un visages du Pays Basque. Pour répondre à la stratégie de construction nationale, l’importance des outils que l’on construit ne se mesure pas au nom mais à l’essence des choses. En ce sens, le choix de l’organisation nationale nous a beaucoup apporté.

D’autre part, bien que nous ayons connu des hauts et des bas, nous avons contribué à renforcer le mouvement de la jeunesse.

Nous continuons de faire le pari de la lutte. Heureusement, la jeunesse est active pour ce long processus de libération du Pays Basque car, par le biais de la lutte, elle rend chaque jour plus proche la victoire.

Ces dernières années, la répression a été forte au Pays Basque. Cela n’a pas été sans conséquence sur notre organisation. De nombreux militants de Segi ont connu la prison, beaucoup y croupissent encore, mais ça nous a rendus plus fort. Cependant, la répression a clairement mis des limites à nos activités politiques.

Par ailleurs, elle a démontré que notre stratégie représentait une réelle menace pour les deux Etats oppresseurs. Nous avons donc pu constater les faiblesses de ces Etats. Or, en dépit des risques liés à cette forte répression, de très nombreux jeunes ont continué de militer au sein de Segi.


Quels seront les défis de demain ?

Les luttes qui ont poussé à la création de Segi n’ont malheureusement pas disparu. Toutefois, le panorama socio-économique et politique, au niveau mondial, est particulièrement sombre. En tant que jeunes, nous sommes les premiers touchés par les effets destructeurs du système capitaliste.

Nous procédons à la dissolution de notre organisation, mais les raisons de lutter perdurent et nous ne resterons pas inactifs. La lutte se poursuivra.

 

Le journal du pays basque

Publié dans Euskal Herria

Commenter cet article